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Je me rappelle un jour quand j’étais jeune je jouais à Pokémon (Bleu pour être plus précis, parce qu’une tortue avec des canons dans le dos c’est plus badass qu’un dragon générique comme tout, et si vous pensez le contraire, je vous respecte quand même, vous avez le droit d’avoir tort) sur le banc arrière de la voiture familiale.

 

Je venais de commencer une nouvelle partie et je devais choisir le nom du protagoniste.

Je n’avais pas envie de lui donner mon nom, alors j’ai regardé mon père qui conduisait et dans un grand élan de créativité, j’ai décidé de l’appeler Papa.

Oui, mon père a aussi un vrai prénom, mais je n’étais pas un garçon à l’esprit très affûté.

 

Venait ensuite le temps de choisir le nom du rival.

J’ai demandé à mon père de me donner le nom de son meilleur ami. Il a hésité un instant, puis il m’a donné le nom d’un ami que j’avais déjà vu quelques fois. Je savais qu’il ne le voyait plus très souvent, pas aussi souvent qu’avant, en tout cas.

 

Ça me dépassait. Moi, mes amis je les voyais tous les jours de la semaine à l’école.

Des fois, je les voyais aussi la fin de semaine ou l’été, mais surtout ceux qui avaient une piscine. Et moins souvent si leurs parents étaient le genre à nous obliger à jouer dehors et à restreindre le temps de Super Nintendo qui nous était alloué.

 

Mais bref, je voyais mes amis souvent. Et ça m’étonnait de réaliser que mes parents avaient moins d’amis qu’ils voyaient souvent.

En fait, si mon père voyait des gens en dehors du travail ou de la maison, c’était sa famille. Il invitait ses frères à déjeuner, il allait faire un barbecue chez sa sœur, ce genre de choses.

 

En vieillissant, je comprends mieux. C’est difficile garder ses amis quand le temps passe.

Conserver ses amitiés, à l’école, c’est facile. Tu côtoies ces gens tous les jours, il te faut des gens pour étudier, et pour partager tes roulements de yeux quand quelqu’un pose une question conne au prof. Il te faut des gens avec qui boire après les cours (à l’Université, idéalement. Si tu buvais après tes cours au primaire, tu viens sûrement de Joliette).

 

Les obligations se multiplient, la vie change, on déménage, et on perd des gens de vue.

Je dois jongler entre le travail, les rendez-vous, ma blonde avec qui je ne passe pas assez de temps, la famille à l’extérieur de la ville.

Et comme ça, un samedi soir, je me retrouve avec ma soirée de libre, et je me rends compte qu’il faut que je descende pas mal bas dans mes textos pour retrouver une conversation avec un ami.

 

Heureusement, il y a des amitiés qui s’inscrivent dans la durée. Des amis qu’on revoit, et même si ça fait des semaines, des mois ou des années, c’est comme si on venait tout juste de se voir.

On était sortis du sous-sol où on a passé notre adolescence pour aller chercher de la liqueur (ou la crème de menthe de nos parents) et on est revenus 10 ans plus tard avec quelques nouvelles histoires.

 

Il y a aussi ces amis qu’on ne voit plus, même si l’occasion se présente. Ils ont été une partie importante de nos vies, ils ont bâti la personne qu’on est devenue, mais les années nous ont fait devenir des personnes qui n’ont plus rien en commun avec nous.

De toutes les sensations qu’on vivra, discuter avec quelqu’un qui a occupé une place intime dans notre histoire et se rendre compte qu’il est devenu un pur étranger fait assurément partie des plus étranges.

 

Amis qui lisez ça, je ne vous ai pas oublié.

Je suis peut-être pris par la vie, ou devant Netflix et trop absorbé pour me rendre compte que je vous néglige. Mais je vais essayer de vous texter un allo, promis.

 


Pier_Luc95

À propos de l’auteur :
Pier-Luc n’a pas l’air de ce qu’il est vraiment. Il donne l’impression d’un gars jovial et calme. Il est toujours en criss et crissement angoissé. Les gens pensent qu’il est un garçon poli, aussi. Dans ses temps libres, il s’intéresse à la politique, à la lutte professionnelle et à Pokémon. Faut pas chercher à comprendre.

 

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