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Je me suis levé lundi matin le drapeau multicolore en berne en me disant « regarde-moi ben écrire un texte full-top émouvant sur mon rapport à ma féminité dans un monde où le règne exclusif de la testostérone est encore au sommet de la liste des choses qui me tombent su’l cœur».

 

J’ai sorti mon laptop, mes biscuits soda ainsi que ma playlist de Rihanna circa 2009 et je m’y suis mis.

 

C’est au beau milieu d’un élan de rédaction passionné que j’ai toutefois été porté vers une autre juteuse nouvelle se résumant pas mal à « une figure d’autorité de la communauté LGBT québécoise vient de discréditer toutes les personnes s’identifiant comme queer parce que elle, elle croit pas vraiment à ça ».

 

Ouf.

 

Bien que ça me tente pas mal, je veux pas pointer un doigt accusateur à cet orateur en particulier et ainsi limiter mes commentaires à ses propos spécifiques.

J’ai même pas le goût de le nommer. Ça sert à rien.

 

Ce que je veux adresser, en contrepartie, c’est la réalité qui est mise en évidence par son discours.

Beaucoup d’auteurs au cours de la dernière année ont soulevé la problématique d’homophobie intra-communauté. Un auteur montréalais l’a d’ailleurs très bien fait ici.

 

Je me plais souvent à porter le flambeau des LGBT en m’en prenant à des inégalités qui proviennent de l’extérieur, mais ça devient extrêmement délicat de le faire de l’intérieur.

Tu veux pas te tirer dans le pied ou porter atteinte à la légitimité du discours de ta communauté, mais, en même temps, tu y sens un débalancement.

Bravo donc à ceux qui, à ce jour, ont su bien le faire.

 

Pour ma part, j’ai opté jusqu’à aujourd’hui pour le silence, mais je ne peux pas rester muet quand je vois le porte-parole d’une organisation LGBT d’envergure poser tranquillement une clôture en paillis autour du jardin lesbien-gai-bi-trans à l’intérieur duquel il se sent à son aise.

 

Le discours qu’il tient, que plusieurs tiennent d’ailleurs à ce que j’ai pu en lire dans moult publications cet été, c’est que l’identité queer est une affaire de jeunes.

C’est la reprise d’un terme à connotation péjorative qui ne donne pas une belle image à la communauté et qui synthétise un peu une indécision quant à son orientation sexuelle.

Parce que c’est ça : tout ce qui n’est pas noir ou blanc, plusieurs personnes, hétérosexuelles et gaies (et j’utilise ce terme ainsi que l’acronyme LGBT non pas de manière exclusive, mais plutôt pour faciliter la lecture), n’en veulent pas.

 

Je trouve ça tellement absurde.

Le phénomène auquel on assiste depuis quelques années (parce que oui, mesdames et messieurs, le terme queer n’est pas né d’un coming out estival), c’est celui de minorités confortables qui reproduisent le schème qu’elles dénoncent à tour de bras.

 

C’est vrai, les gais plus « traditionnels » subissent encore de la discrimination et rien n’est complètement acquis pour qui que ce soit, mais je considère vraiment hypocrite que des personnes qui font partie d’une minorité plus commune décident qu’une tranche du groupe qu’ils appellent à se rassembler n’est pas crédible parce qu’elle ne se retrouve pas dans les lettres L, G, B ou T.

 

Il y a plusieurs décennies, on sourcillait (le terme est ultra-faible, on s’entend) lorsqu’un homme s’identifiait comme « gai ».

On se disait que c’était contre nature, que ça ne se pouvait pas, qu’il y avait nécessairement quelque chose qui clochait avec la personne en question.

De leur côté, les gais ne demandaient qu’à être crus et acceptés pour ce qu’ils étaient. Après tout, qui choisirait de se faire antagoniser, voire violenter, au quotidien? Personne.

 

Peu à peu, après luttes physiques, politiques et sociales, le message a commencé à passer et être assimilé par la population.

Il faut croire que les générations qui ont suivi ont la mémoire courte parce que les lettres qui s’ajoutent maintenant à l’acronyme LGBT sont considérées par certains au même titre que les gais d’autrefois.

On ne les croit pas, c’est sûrement « juste une phase », ils veulent être différents et avoir de l’attention.

 

Est-ce que je suis seul à trouver ça égocentrique?

Maintenant que les combats des gais se limitent à des micro-agressions quotidiennes, on peut se permettre de porter un jugement de valeur sur l’identité ou l’orientation sexuelle des autres?

 

Absolument pas. La communauté LGBT ne se limite pas à quatre lettres et je refuse qu’on lui prête des intentions négatives et nombrilistes parce que des figures d’influence y étant associées ont décidé d’utiliser leur tribune pour promouvoir l’exclusion.

 

Vous êtes tous géniaux, orientations et identités confondues. La fierté n’est pas qu’importante cette semaine et soyez assurés qu’il y aura toujours quelqu’un pour vous backer.

Moi, par exemple, j’ai presqu’une ceinture jaune en taekwondo, si nécessaire.

 

Bonne fierté, big love.

 

Xoxo, Jean

 


Jean_Fre95À propos de l’auteur :
Jean est l’abeille la plus sassy de la Beyhive. Entre deux articles du Code civil, il aime bien se relaxer avec un vieux Archie fripé et du Crush au raisin. Ses rêves les plus tangibles sont d’ouvrir un Bed&Breakfast pour chiens ou d’être sélectionné dans l’équipe d’Isabelle à La Voix. En attendant d’y arriver, tu peux le trouver chez lui. Il est en train de développer une plaie de lit en apprenant toutes les répliques de Mean Girls par coeur. So Fetch.

Crédit photo : Matthew Yau

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