covoiturage2

C’est le moment où je perds le peu d’attrait de fille indépendante que je possède en avouant au grand jour que je n’ai toujours pas mes permis de conduire.

 

Être sans permis en région éloignée, c’est un peu comme se trancher les carotides avec un katana : c’est difficilement compatible avec la vie.

 

Vous serez cependant surpris d’apprendre que grâce au monde du covoiturage, j’ai réussi à survivre dans la jungle des sans papiers – on se rappelle ici que Luck Mervil a déjà chanté ça avec beaucoup d’intensité ainsi qu’un costume couleur swompe dont l’élégance n’a d’égal que la subtilité de son maquillage. (Ci-joint le lien – vous m’en serez gré, merci.)

 

J’ai survécu, mais j’en ai traversé des vertes et des pas mûres, des kiwis pis des hommes.

C’est d’ailleurs toutes ces péripéties qui m’ont fait réaliser que la vie, c’est comme une longue ride d’Amigo Express. On sous-estime trop la force de la solidarité routière.

 

Tu pars d’un point A vers un point B avec beaucoup d’inconnu en chemin, mais t’as pas le choix de faire confiance. Tu peux participer activement pendant le trajet ou mettre tes écouteurs sur ta face d’air bête pour feindre d’écouter de la musique en espionnant les conversations des autres gentils passagers.

 

Tu sais pas trop si c’est l’fun pendant, mais une fois rendu chez toi, t’as fait des belles ou des moins belles rencontres. Et tu te dis : merci pour la ride, j’ai appris des affaires semi-pertinentes pis j’ai grandi d’en-dedans.

 

Voici d’ailleurs quelques échanges qui ont changé ma vie. Pour le meilleur et pour le pire.

 

  • Y’a un charmant monsieur qui m’a déjà raconté son tournoi de quilles. De A à Z. Du premier lancer de boule jusqu’au dernier. Chaque sapristi (oups on s’fâche) de lancer. Je vous partage ma souffrance pour qu’elle soit moins lourde à porter :

« Le premier lancer, j’ai pogné 3 quilles. Ou 4 ? Ah non ça c’est au 5e carreau. J’ai fait un dalot, oui, un dalot.  C’est ça. Le premier lancer, j’ai lancé la boule dans le dalot. »

DANS LE DALOT. L’expression m’obsède encore.

 

  • Y’a eu la madame ésotérique qui m’a expliqué que mon aura était blanche avec une couronne verte. « Tu vas réaliser des projets », m’avait-elle chuchoté avec mystère et imprécision. Elle s’est pas trompée, la gueuse. En rétrospective, je crois que c’était Jésus transgenre qui m’annonçait la Bonne Nouvelle. Ou une freak. Ou un peu des deux.

 

  • J’ai aussi vécu du très touchant. Parsemé de malaise. Enseveli, plutôt. Ça va comme suit :

« Salut Meredith-Lee (j’ai changé le nom pour la confidentialité, pis pour le gag du nom composé anglo-asiatique-métissé), c’est Val. On se rejoint où ?

– Ouin finalement je vais canceller le lift, mon chum a fait une tentative. *Émoticone de bouche croche*
– Oh désolée. Pas de trouble, bonne chance. *Malaise qui flashe en grosses lettres néon*
– Demain 7h je monte par contre, tu veux embarquer ? »

M-L, son chum dead ou pas, elle monte à Québec DEMAIN MATIN. Parle-moi de ça une fille qui se revire sur un 10 cennes. Sois forte, Meredith. Je t’aime.

 

  • Le dernier et non le moindre, c’est un garçon très bio (mon préféré) qui maîtrisait l’art de dévier un propos improbable vers un autre propos improbable. J’ai donc été témoin de cet énoncé édifiant :

« Moé j’suis un gars de plante. Les gens savent pas à quel point c’est intéressant de la tourbe. C’est tellement plus que du gazon…   *Silence pénible* Hey t’sais la rumeur au secondaire que Marilyn Manson s’était fait enlever une côte pour s’auto-sucer, c’était-tu vrai finalement ? »

Le changement de sujet niveau jedi. J’en frissonne encore.

 

 

Depuis ce temps-là, je me demande chaque jour si j’ai changé la destinée de quelqu’un en faisant Québec-Montréal comme ces gens l’ont fait pour moi.

J’espère sincèrement que oui. J’ai soif de grands projets.

 

Sinon y’est jamais trop tard. Qui m’embarque ?

 

P.S. Si tu m’embarques, on ne bûchera pas de bois et on ne gueulera pas avec les loups. Merci bonsouère.

 


valerie_fortinÀ propos de l’auteure:
Valérie est une fille mi-coquette mi-grivoise qui s’assume moyen mais qui a des belles amies donc elle paraît plus cool. Elle voudrait avoir un pug pour l’appeler Miss Caprice, elle te trippe dessus quand tu la trouves drôle et elle possède un ukulele qu’elle a nommé Dany. Elle rêve de se faire offrir des bulles en lui disant « T’es une princesse vraiment unique, t’es la sirène des alcooliques ». Parce que Val, elle t’écoute, elle te juge pas.

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