cocainomane

D’entrée de jeu, je veux juste mentionner que c’est pas moi le coké dans cette histoire-là, mais bien un de mes bons chums.

Mais j’suis pas parfait non plus, moi aussi j’ai mes problèmes. De mon côté, je semble avoir développé une dépendance avec les Minces aux légumes, la discographie de K-Maro et les relations amoureuses catastrophiques.

Chacun ses faiblesses.

 

Tout ça pour dire que je savais qu’un de mes chums était deep dans la poudre depuis un bon bout.

Au début, je pensais que c’était récréatif. Même si c’est définitivement l’adjectif le moins de mise pour parler de consommation de drogue dure.

Récréation: sniffer de la cocaïne.

Non pas tant.

 

Un moment donné je voyais que ça devenait plus intense (voir ici quotidien.) J’ai commencé par essayer de lui lancer des p’tits messages comme:

« Ouin t’en fais pas mal?! Une ligne le matin avant ton café c’est un peu intense non? »

« C’est pas plus dommageable qu’un Toaster Strudel. » M’avait-il répondu.

Bon point.

 

Mais un moment donné t’as beau vouloir aider quelqu’un, si la volonté de s’en sortir ne vient pas de lui-même, il en ressort rarement quelque chose de positif qui va perdurer dans le temps.

Tu vas lui remettre un flyer de la maison Jean Lapointe et au lieu de voir ça comme de l’aide y va se dire: « Le papier glacé de ce dépliant serait une surface parfaite pour me faire une ligne. »

 

Faque quand out of nowhere il me marmonne passivement qu’il aimerait peut-être, aller voir qu’est-ce que ça l’air chez les cocaïnomanes anonymes, je suis comme: « C’EST LA MEILLEURE IDÉE DU MONDE MON GARS!!! DIS-MOI C’EST OÙ PIS C’EST QUAND JE VAIS ALLER TE CHERCHER PIS ON Y VA ENSEMBLE!! »

« HIP HIP HIP???!!!! »

Ceci dit j’attends toujours mon: « HOURRA! »

 

Dans ma tête, j’imaginais déjà le set-up, comme dans le clip When I’m Gone d’Eminem;

 « Hi, my name is Marshall. »

« Hi Marshall! »

 Je me voyais dans un local louche, avec les néons qui grincent pis le café servi dans des verres en styrofoam que tu brasses avec un bâton de popsicle.

Pas des bâtons de plastique, des bâtons de popsicle.

 

Mais à ma grande surprise, quand on est entrés dans le sous-sol d’une église défraîchie du quartier Rosemont, c’est là que j’ai réalisé que tout ce que je m’étais imaginé, ben en fait…

…j’avais absolument raison, c’tait drette ça.

Néons grinçants, café bas de gamme, le tout parsemé de détresse humaine.

3 ingrédients qui mettent la table pour une soirée enlevante et mémorable.

 

Vu que c’était notre première fois, on s’est assis en arrière. Tout à coup que ce soit comme dans un spectacle de Steeve Diamond au Grand Rire de Québec et qu’ils décident de venir chercher du monde dans foule, they ain’t got nothing on us.

On est là, sur des chaises d’école en bois vintage digne des Belles histoires des pays d’en haut, entourés de monde crissement éclectique mais avec probablement tous un bon fond et la motivation de vouloir au moins, essayer de se sortir de ça.

 

Ça commence avec un genre d’ancien, qui lead la soirée pis après les gens peuvent aller partager leurs histoires, devant du monde qui partagent la même marde que toi.

Je le sais pas pour vous autres, mais moi je trouve ça fait ben du sens. Pis le plus beau dans tout ça, c’est que ça avait l’air de leur faire beaucoup de bien.

 

Un moment donné, y’a un bonhomme d’une cinquantaine d’années qui décide d’aller en avant raconter son histoire. Celle-ci débute avec un divorce suivi d’une consommation d’alcool élevée. Quand il apprend qu’il ne peut plus voir ses propres enfants, la cocaïne rentre dans le portrait. Pis tout ça déboule assez rapidement avec des vols à main armée suivis d’une finale des plus rocambolesques et vraiment imprévisible, la prison. Ah ben?!

 

Après c’est du in and out en prison, le temps qu’il retrouve ses esprits et commence à penser à reprendre, ne serait-ce qu’un minimum, le contrôle de sa vie.

Lui c’est des groupes comme ça qui l’ont aidé, et il a fièrement une dizaine d’années de sobriété derrière la cravate pis il passe maintenant Noël avec ses morveux.

 

Ceux qui ont touché le fond sont souvent plus reconnaissants de la vie en général.

Comme si après un bon ROCK BOTTOM en majuscules, tout goûtait meilleur. Se donner l’opportunité d’être heureux à nouveau, ça c’était son punchline final.

 

Sans aller dans le : « Ça pourrait être pire, y’a du monde qui ont pas de jambes. » Je pense que ça met en perspective les problèmes versus LES PROBLÈMES.

 

Gratitude était définitivement le mot-clé de la soirée.

Ce que je devrais commencer à mettre en pratique, moi, qui est capable de pogner les nerfs et de passer une journée de marde juste à cause d’une dégustation de pomme grenade qui a mal virée.

 

Pis le dernier qui a pris la parole a expliqué ceci:

« La meilleure façon de se sortir d’une dépendance, c’est d’y aller étape par étape, et de bien s’accrocher. »

Ça fait du sens…

Step by step & Hanging Tough, dans le fond pour surmonter n’importe quelle épreuve de la vie, on devrait juste écouter la discographie des New Kids on The Block.

 

Ah pis mon chum là-dedans…

Et bien depuis notre visite, il y est retourné plusieurs fois en solo et il a presque dit complètement Bye Bye Bye à la drogue.

Et comme il m’avait promis en sortant de là : « Le prochain à être clean à 100%, It’s gonna be me. »

 

giphy

 


Julien95À propos de l’auteur :
Pratiquant le défoulement littéraire depuis déjà plusieurs années, Julien aime bien analyser et comparer sa situation avec le monde extérieur pour réaliser que finalement, c’est si pire. Depuis sa tendre enfance, le film Les aventuriers du timbre perdu lui sert de guide de vie, les déceptions ne feront donc que continuer à s’abattre sur lui. Avec le temps, il a appris à faire la paix avec les gens qui ont un tatouage tribal.

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