3963260270_994356b59a_z

Je mentirais si je disais que j’étais pas le premier à crier « PARTY! » quand on aborde en ma compagnie le poids des médias socio-numériques sur notre quotidien.

J’en suis une victime assumée et ma vie tourne AU MOINS à 88% autour de ma présence en ligne et de ma manière d’y communiquer.

 

J’y fais des blagues, j’y publie des commentaires pseudo-politico-sexo-sociaux à l’occasion et j’y documente aussi soigneusement ma vie via photos et vidéos (MAINTENANT PANORAMIQUES #EVOLUTION #NEXTLEVEL #FERGALICIOUSSODELICIOUS).

 

Bref, on peut dire que je manie les Internets avec la grâce d’une oie blanche se posant délicatement sur un oreiller de satin et, après une jeune vie d’analyse silencieuse derrière la cravate, je suis prêt à formuler mes commentaires.

 

Je nous/vous l’accorde, y’a rien de mieux que les médias sociaux pour se construire une identité virtuelle qui ferait rougir Gigi Hadid.

J’ai le temps de penser et reformuler ma joke 40 jours et 40 nuits avant de la publier et/ou de reprendre ma selfie littéralement 90 fois avant de la soumettre à la très cruciale opinion de mes copains virtuels.

 

Avec une marge de manœuvre aussi flexible, OF COURSE que j’suis profondément chaud sur ma photo de profil.

J’ai passé 2 heures à la prendre, à cropper c’que j’haïs et à tellement modifier ma face que ma peau a l’air d’un plancher de salle de bain neuf qui me remporterait assurément le vote décisif de Marie-Lise Pilote dans une finale de Ma Maison Rona.

Est-ce que ça me permet de me sentir empowered? Absolument. Mais continuons.

 

À force de prendre des photos de mon visage dans un angle spécifique optimisant what my mama gave me, j’ai commencé à moins aimer le reste.

Trompez-vous pas. I’m still beautiful, no matter what they say, words won’t bring me down (© Christina).

Mais vous savez, ce moment d’horreur quand on voit que quelqu’un nous a taggé dans une photo qu’on a pas préalablement approuvée?

Cette haine, ce vomi-dans-la-bouche, ce désir d’enterrer vivant le photographe maudit ayant osé prendre une VRAIE photo candide de nous?

 

Il est là le problème.

On a développé un besoin tellement fort de contrôler nos propres représentations virtuelles que quand quelqu’un y met du sien sans qu’on ait pu y apposer notre sceau overly-perfectionniste, c’est la fin du monde.

 

Ce qui est drôle dans tout ça, c’est qu’on reste identiques dans la vie de tous les jours.

Nos amis voient pas la différence entre une photo ou l’autre, mais nous, on est tellement bornés à se montrer sous notre meilleur jour, qu’on en vient à pas s’aimer quand cette image-là nous glisse entre les mains.

 

J’aborderai pas ici les notions très denses de modèles de beauté, de la pression de l’industrie de la mode, des stéréotypes de genre et de toutes les influences externes qui vont nous pousser à pas nous aimer.

D’autres l’ont fait beaucoup mieux que moi dans le passé et continueront à alimenter ce discours sans que je vienne y mettre mon maladroit grain de sel.

Mon point est surtout que, malgré cette myriade d’influences absolument dégueulasses cherchant à outrance à nous vendre un beach body, on a un certain rôle à jouer dans notre tranquillité d’esprit aussi.

 

Ça commence par être honnête avec soi-même et pas se créer un quotidien idéalisé juste parce qu’on peut.

La vraie vie, elle a pas de filtre, elle est pas minimaliste, elle est pas aussi blanche que la douillette de la vedette Instagram ou aussi belle que l’assiette de la fille qui peut étrangement se payer un lunch aux Vivres à chaque foutu jour de sa vie.

Ça coûte cher aux Vivres, voyons donc.

 

Ma vie, c’est manger mon lunch à-même mon tupperware parce que ça me fait moins de vaisselle à faire.

C’est publier ma selfie la plus laide de la bunch pour faire rire le monde et faire la paix avec les angles de ma face qui sont moins flatteurs.

C’est assumer que mon appart est loin d’être de niveau Pinterest parce que je travaille, j’ai une vie sociale, des colocs et juste pas les moyens de redécorer ma cuisine à chaque fois que le vert émeraude is the new mandarine.

Je me lève pas chaque matin pour trouver dans mon garde-robe un outfit me donnant l’air de la page 8 du magazine printemps-été de chez COS.

Je me lève pas non plus chaque matin pour trouver dans le miroir un gars qui a l’air de la page 8 du Summum Girl alors que les gais sont « statistiquement supposés tous être en forme et musclés ».

Sorry. J’aime les hot-doyes.

 

Y’a déjà tellement d’influences extérieures qui m’imposent la perfection que je peux pas continuer à moi-même m’imposer de tels standards sur des plateformes que je contrôle entièrement.

 

J’suis un humain, ma vie est un bordel, la vôtre aussi. Tout le monde fait caca. Même Céline fait caca. Tout le monde l’aime pareil.

 

Va falloir qu’on arrête de se conter des histoires.

 


Jean_Fre95À propos de l’auteur :
Jean est l’abeille la plus sassy de la Beyhive. Entre deux articles du Code civil, il aime bien se relaxer avec un vieux Archie fripé et du Crush au raisin. Ses rêves les plus tangibles sont d’ouvrir un Bed&Breakfast pour chiens ou d’être sélectionné dans l’équipe d’Isabelle à La Voix. En attendant d’y arriver, tu peux le trouver chez lui. Il est en train de développer une plaie de lit en apprenant toutes les répliques de Mean Girls par coeur. So Fetch.

Crédit photo : Kristin Hinkin

D'autres beaux textes à lire aussi...