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Je ne suis pas un «voyageur» ni un globe-trotter. Je suis déjà allé à Cuba et en Floride, ou comme j’aime l’appeler, Sorel avec des palmiers.

 

La seule vraie destination voyage «quelque peu exotique» que je peux me vanter d’avoir fait c’est Paris. Pas 1, pas 2, mais bien 3 fois.

 

La première c’était un voyage de fin de DEC en arts et lettres.

On voulait se faire croire que nos cours sur Otto Dix et Modigliani voulaient vraiment dire quelque chose.

Le plus particulier avec ce voyage c’est que j’y suis allé en tant qu’accompagnateur de mon amie en chaise roulante. Je n’avais pas les moyens de me payer ce voyage et elle m’a proposé de me payer le tout à condition d’être son «helper» tout au long du périple.

LET’S DO IT!

 

J’ai apprécié mon voyage, j’ai vu des choses magnifiques, mais ma constatation finale est que Paris est la ville la moins adaptée aux handicapés au monde.

Que de très rares ascenseurs, des rues en pavé, des trottoirs trop hauts et des portes trop petites. C’est comme si Paris était un véritable Wipeout pour gens à mobilité réduite. Néanmoins, ce fut quand même très agréable. J’envoie d’ailleurs une petite pensée à mon amie Maxime Pomerleau qui m’a permis de faire mon premier périple dans la Ville lumière.

 

 

Ma deuxième escapade fut de courte durée. 4 jours in and out.

C’était pour participer à un spectacle d’humour dans le cadre du Grand Rire à Paris. Une expérience formidable, même si le public parisien est aussi froid qu’une Coors Light (elle droit être froide en cibole pour en faire leur slogan).

 

 

Et la troisième fois, celle qui nous intéresse, était simplement un trip avec un de mes grands chums. Une grande fiesta partying culturelle que nous voulions nous payer.

Notre but était simple, visiter des attractions le jour, faire la fête le soir et nous avons réussi notre pari (sans mauvais jeu de mots).

 

Nous avons pu visiter, le centre Georges Pompidou (musée d’art contemporain très éclaté) le musée D’Orsay (situé dans une ancienne gare au dôme vitré, une vue incroyable) et bien sûr les classiques, le Louvre, les Invalides, l’arche de Triomphe, les putes de Pigalle (juste regarder) et j’en passe.

 

Suite à nos après-midi bien chargés et notre panse repue d’un souper copieux, nous avions pris l’habitude d’aller dans un petit bar très sympathique situé à quelques pas de notre hôtel, «L’art scénique».

Délicieux jeu de mots, s’il en est un, même si je n’ai jamais vraiment compris. Il n’y avait ni art ni poison dans cette taverne. Mais bon quand le proprio t’aime bien et qu’il te paie régulièrement des shooters, tu la fermes et tu t’amuses.

 

Cela faisait environ une semaine que nous venions soir après soir, se siffler quelques bières (ça fait plus parisien que de dire SE TORCHER COMME DES CAVES). Le proprio lui-même de son propre aveu nous disait qu’il n’avait jamais vu des jeunes supporter aussi bien l’alcool.

 

C’est probablement le plus beau compliment que tu peux faire à deux gars du Saguenay.

Nous étions en amour.

 

 

Un soir comme un autre, nous sommes venus refaire le monde en buvant de la 1664 et en fumant des Lucky Strike (ouais à Paris je me prends pour James Dean), mais ce soir-là il y avait Didier (le nom le plus français EVER après genre Louis 14).

Didier était comme si tous les clichés du Parisien avaient eu un enfant avec Marcel Pagnol. Chandail rayé, béret, fumait de petites cigarettes qu’il roulait lui-même, et devant lui un verre de Ricard!

Un vrai : DIDIER

 

Fin renard qu’il était, il a reconnu que notre accent n’était pas du coin. «Alors vous venez d’où comme ça?», avec un air à la limite condescendant.

 

«On vient du Québec.»

 

Ses yeux s’illuminent. Son ton de voix monte d’une octave, il chante pratiquement la prochaine phrase.

 

«AHHHH, MAIS PUTAIN! J’adore le Québec, je suis allé à Montréal quelques fois, j’adore! Et vous êtes de quel coin?»

 

«Saguenay Lac-Saint-Jean, beaucoup plus au nord que Montréal.»

 

«Ahhh super!»

 

Nous discutons un peu. Nous apprenons que c’est un écrivain (CLICHÉ) et qu’il est en recherche d’inspiration et tout le tralala. Après quelques minutes de discussion, il nous dit :

«Vous au Québec vous savez boire, ça y’a pas de doute. Mais vous savez quoi? Jamais vous ne serez capable de me suivre. Je peux vous faire rouler en dessous de la table»

 

Il ne savait pas ce qu’il venait d’ouvrir.

Une boîte de Pandore.

Tu es Parisien, écrivain, tu bois ton petit pastis, et tu oses nous défier NOUS, GARS DU SAGUENAY, mère patrie de la grosse bière et des brosses dans les cabanons. Tu crois vraiment que tu peux même penser imaginer, supposer, gagner un concours de beuverie contre nous?

 

GAME ON.

Le deal est simple. On doit chacun suivre le rythme. 3 bières, 3 shooters et on commence.

 

Pour la première et la deuxième tournée, il nous suit assez bien. C’est à partir de la 3e que les choses se gâtent.

 

Pour moi et mon comparse, c’était comme si nous avions pris l’apéro et maintenant nous sommes prêts à passer en deuxième vitesse.

 

Nous sommes à 6 bières chacun et la même quantité de shooters, alors que Didier accuse 3 consommations de retard lorsqu’il se lève pour aller aux toilettes, mais il se barre les pieds solidement et s’effondre par terre. Olivier Guimond style.

 

Nous le relevons comme les gentlemen que nous sommes et il nous avoue candidement «Mais putain les mecs vous êtes des monstres!»

 

Rares sont les fois dans ta vie où le fait de te faire appeler un monstre fait autant plaisir à attendre.

 

Didier vacille jusqu’aux toilettes, pendant que nous finissons ses consommations, le torse bombé, fiers comme des paons. Enfin un Parisien avouait avoir été vaincu par un Québécois.

 

Nous rions de bon cœur avec Didier qui revient des toilettes avec une haleine de «le camembert foutu le camp».

Il est bon joueur ce Didier. Il nous paie la prochaine tournée, en ne s’incluant pas dans le lot. Il nous fait une accolade bien sentie et nous promet de revenir nous voir demain.

 

Nous finissions nos bières et quittons. C’est avec les yeux pétillants, et la démarche houleuse que nous sommes retournés vainqueurs à notre hôtel.

 

 

Le lendemain Didier n’était pas au bar. Dommage, c’était notre dernière journée dans la ville lumière.

 

Mais le proprio, pour nous remercier de notre fidélité, nous a permis de boire une rasade de bière la tête à l’envers directement sous le fut.

 

LE JOUR DE GLOIRE ÉTAIT ARRIVÉ!

 


sdelisle95À propos de l’auteur:
Simon Delisle est le roi de l’autodérision. Humoriste, auteur et animateur chevronné, il a ce talent de toujours s’adapter à un contexte et son public / lecteur. Son irrésistible sens de la répartie et ses histoires hilarantes sauront vous conquérir!

 

 

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