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J’suis sur la plage, au Cambodge et une p’tite fille d’environ 8 ans vient m’voir. Elle vend des bracelets à 1$ au lieu d’aller à l’école… La maudite chanceuse.

 

Elle est toute mignonne et n’a pas l’air d’avoir beaucoup de sous, malgré son noble métier de joaillière.

 

Elle me demande mon nom, d’où j’viens: technique de vente redoutable pour créer un lien de confiance… Si jeune et déjà remplie de malice.

 

Pis, elle m’conte une p’tite joke pour m’attendrir et, moi, Dieu sait que j’aime ça, les blagues.

Donc, elle me dit:

– As-tu un chum?
– Non…
– Sais-tu pourquoi?
– Non, pourquoi?
– Parce que c’est moi qui l’a.

 

J’ai ri! Elle avait l’air fière: c’tait cute! Mais, j’peux tu t’dire qu’elle les a gardés pour elle, ses cristis de bracelets…

 

J’ai quand même sorti mon iPhone 5S blanc pour prendre une photo d’elle… Parce qu’à quoi ça sert de vivre un moment, si on peut pas s’en servir pour carburer aux likes sur les médias sociaux?

 

Quand elle a vu mon iPhone 5S blanc, ses p’tits yeux se sont illuminés: elle voulait que j’lui donne l’appareil…

 

Pis ça m’a brisé l’coeur.

 

Ça m’a brisé l’coeur d’avoir à lui expliquer qu’en plus que j’y donnerais pas mon iPhone, elle pourrait sûrement jamais s’en procurer un.

 

Pis qu’en ce moment, elle pense être heureuse, elle pis son sourire fendu jusqu’aux oreilles… Mais, le bonheur, le vrai de vrai, c’est de déballer un brand new iPhone de sa belle boîte blanche, de peser sur “on” pour la première fois pis de voir le p’tit signe de pomme apparaître à l’écran.

 

Pis ça, elle le vivrait sans doute jamais…

 

Mais bon, j’suis pas sans coeur, j’lui ai quand même fait prendre mon iPhone 5S blanc dans ses p’tites mains, pour qu’elle puisse toucher un peu au bonheur, elle aussi.

 

Et, c’est là que sa grand-mère est venue interrompre ce moment magique avec le classique et international «le souper est prêt, viens manger avant que ce soit froid», en chinois… Ou j’sais pas trop quelle langue.

 

Pis ça m’a choqué.

 

Ça m’a choqué de voir une grand-mère vivre avec sa famille, juste de même, comme si c’tait normal…

 

Parce que dans les pauvres pays pauvres, les familles ont pas l’choix de trouver une utilité à leurs vieux. Y leur font faire des activités banales comme aller au marché, cuisiner pour toute la famille, participer à l’éducation de leurs petits enfants…

 

Tandis que nous, dans les riches pays riches, on a compris! On a compris que la place des vieux, c’est avec les autres vieux dans une résidence avec un nom qui donne envie de rêver, genre “havre de paix de coucher de soleil”.

 

Là-bas, nos vieux ont l’temps de faire des choses qu’ils pourraient pas faire dans la vraie vie comme:

– Rester près du téléphone au cas où ils manqueraient un appel d’un de leurs proches;

– Marcher dans le corridor pour tuer l’temps entre leurs repas;

– Écouter la télé 12 heures par jour pour oublier l’fait qu’ils perdent leur autonomie à vue d’oeil.

 

Bref, la p’tite joaillière est partie avec sa grand-mère pour souper du succulent riz au riz, accompagné d’une portion de délicieux riz.

 

Pis moi, j’suis retournée à mon auberge pour faire c’que j’aime le plus faire: boire des bières flats, seule, en écrivant des textes remplis de sarcasme.

 

Et j’me suis dit que, parfois, ça prend un léger recul (de 13 507 kilomètres) pour réaliser qu’ “on est tu ben, au Québec, pareil…”.

 


sara_beaudoinÀ propos de l’auteure:
Sara a un humour caustique et empreint de sarcasme. Dans la vraie vie, elle ferait pas de mal à une mouche. Sauf si la mouche en question lui demandait, à ce moment-là, elle considérerait peut-être lui faire du mal parce qu’elle a ben d’la misère à dire «non». En septembre, elle a lâché sa job stable (lol) et payante (lol) de gérante de food truck pour partir en voyage un p’tit boutte. Elle est maintenant de retour et est toujours à deux doigts de la crise d’angoisse.

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