riki

On est à la fin du mois d’août 2012. Il fait encore chaud, mais on sent que le soleil se couche sur cet été.

Ça ne me dérange pas vraiment. Parce que mon été, je l’ai passé à vivre cette journée de toute façon.

Un été à penser au jour où je partirais enfin de Rimouski, ma ville natale, pour commencer ma vraie vie.

 

J’ai fait un petit statut Facebook pour faire mes adieux. Parce que pour moi, c’était des adieux.

Je partais pour de bon.

Je m’en allais enfin vivre ma vraie vie, dans une vraie ville. Une ville où il y avait des choses à vivre, et surtout, à vivre loin de ses parents.

 

…Finalement, je suis retourné une semaine plus tard.

J’avais certains petits trucs à régler, mais surtout, le temps était long quand on est seul dans une ville où on ne connaît personne quand on n’a ni le câble, ni Internet.

 

Je suis sorti au bar à Rimouski où on allait avec mes amis.

Les gens demandaient qu’est-ce que je faisais de bon ces temps-ci.

 

«Je suis rendu un Québécois!

-Ah oui, ça fait longtemps?

-Six jours.»

 

Le temps d’avoir sa citoyenneté, quoi. Après tout, ce n’était qu’une question de temps, puisque je quittais Rimouski pour de bon.

 

Mes colocs étaient elles aussi de mon coin, mais elles vivaient à Québec depuis plus longtemps. Elles me parlaient de leur nostalgie du Bas-du-fleuve, de leur désir d’y retourner, mais je ne comprenais pas.

Comment on pouvait vouloir retourner à Rimouski? Il n’y avait même pas de Simons à Rimouski!

Une ville où, simplement parce que je portais des Ray-Ban, on m’a appelé Xavier Dolan pendant 2 ans.

 

Elles me disaient que l’attrait de la nouveauté passerait, et que je réaliserais que Rimouski n’était pas le trou que je m’imaginais.

J’étais persuadé qu’elles avaient tort.

 

Mais la nouveauté s’est bel et bien estompée.

 

En m’éloignant encore plus de Rimouski en déménageant vers Montréal, je me suis aussi mis à porter la ville de mon enfance plus près de moi. Je ne voulais pas la perdre en m’éloignant, alors je la tenais plus serrée.

Je me suis rendu compte qu’elle me manquait.

 

Peut-être n’y avait-il pas tous les divertissements que j’avais voulu, peut-être que je sentais que je ne pouvais pas vivre pleinement mon individualité dans une ville de région (pour ce que ça vaut), mais elle m’a donné autre chose.

Moi qui réclamait plus d’individualité, je me rends compte maintenant que j’habite à Montréal que de venir de Rimouski me donne un point de vue un peu décalé. De 550 km, pour être exact. Des images que pas tout le monde ne porte. Le fleuve imprimé à jamais en moi.

 

Ma ville, mon trou qui n’en était finalement pas un, je l’ai bel et bien quittée. Mais elle reste en moi. Pour de bon.

 


Pier_Luc95

À propos de l’auteur :
Pier-Luc n’a pas l’air de ce qu’il est vraiment. Il donne l’impression d’un gars jovial et calme. Il est toujours en criss et crissement angoissé. Les gens pensent qu’il est un garçon poli, aussi. Dans ses temps libres, il s’intéresse à la politique, à la lutte professionnelle et à Pokémon. Faut pas chercher à comprendre.

 

Photo : millrick

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