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Ai-je raté ma vie?

 

Il y a un peu moins de trois ans, alors que ma santé financière était à son apogée, dans le but de poursuivre un rêve, j’ai tout abandonné. Mon emploi, ma famille, mes amis, ma maison, ma ville.

Fort heureusement, le rêve s’est révélé plus accessible que prévu.

 

***

 

Ce matin, je me suis réveillé comme tous les autres midis…

 

J’ai ouvert les yeux, soupiré et me suis demandé s’il n’y avait pas un animal mort dans la pièce, pour enfin comprendre qu’il s’agissait de l’haleine d’un gars dont la soirée d’hier lui a coûté cher : la mienne.

Les couvertures que je m’efforce à faire pénétrer sous mon matelas chaque soir étaient sorties de leur emplacement et laissaient frétiller sur mes orteils une fraîche brise en provenance de la fenêtre mal isolée au pied de mon lit.

Bref, un réveil des plus normal.

 

Alors que j’allais tenter une position plus verticale, j’ai réalisé qu’il n’y avait personne à mes côtés ayant un peu mal dormi la nuit dernière. En effet, ça fait plus de 4 ans que je n’ai plus personne à qui parler dans mon sommeil. Je n’ai même aucune bête à poil débordant d’un intrigant enthousiasme matinal au pied de mon lit.

Pourquoi cette soudaine prise de conscience au sujet de ma solitude hibernale? Cette journée ne sera peut-être pas normale, finalement.

 

12h34.

Finissant tout juste l’inventaire de mes notifications, les fesses posées sur un plastique en forme de croissant et les coudes bien enfoncés dans mes cuisses jusqu’à ce que ça me fourmille dans les pieds, j’ai eu cette réflexion matérialiste déprimante : une conceptualisation d’un idéal défaillant sur mon ambition de ne posséder que la meilleure technologie bientôt désuète, mais chauffer au bois (?!), gagner un salaire annuel avoisinant les 150 000 $ et plafonner dans mes REERS.

Eh bien, non. Il reste encore un peu de place dans ces placements, juste un tout petit peu…

 

Je m’étais même rappelé m’être déjà demandé si je devais fermer ma marge de crédit, à l’époque, vide.

Cependant, je l’ai conservée au cas où je deviendrais l’heureux propriétaire (à part pas du tout entière) d’une usine à besoins à laquelle je m’attacherais d’une façon démesurée (un bébé).

Finalement, j’avais raison, mais uniquement s’il est permis de prendre le mot « bébé » au sens large. Par exemple, si « manger au restaurant, boire dans les bars et mettre du gaz dans sa voiture, » c’est bébé, alors, ça va…

 

Une fois dans ma cuisine, à ma grande surprise, la porte du réfrigérateur m’a laissé l’ouvrir du premier coup (suis-je le seul à qui il arrive de se buter à ce prisme de stainless et doigts gras?).

C’est après avoir déplacé une vieille clémentine ayant presque épousé la platitude de la tablette en verre que j’ai agrippé la pinte de lait.

À ce moment précis, j’ai compris : 16 MARS 2016. Ha, sti!

 

C’est aujourd’hui mon 30e anniversaire et, par le fait même, celui de ma sœur aînée.

Semblerait-il que mes parents aimaient s’adonner au camping en juin… Bien qu’il puisse sembler étonnant d’oublier la journée de sa fête, malgré le fait de l’avoir soulignée la veille (ouin), sache qu’en vieillissant, on s’en torche! Par contre, biologiquement, je crois que nous sommes programmés afin de nous remettre en question aussitôt qu’une nouvelle dizaine est entamée.

Chose faite, il ne reste qu’à être l’acteur de ce qui se présente à moi.

Célébrations obligent : je cale mon lait à même le pis plastifié, tel un veau, en tentant de déceler de petits grumeaux. Mais ils ne s’étaient visiblement pas présentés à la date promise. Tant mieux.

 

Enfin, j’ai 30 ans. J’ai un peu froid, je suis seul. Outre mes cheveux dans le bain, je n’ai pas de poils à ramasser. Je suis pauvre (mais pas dans marde là, on peut quand même faire un p’tit voyage Marie-Ève (!?)) et puis je n’ai pas de rejeton.

J’ai fait quelques pas vers l’arrière, c’est vrai, mais uniquement dans le but de me prendre de l’élan.

 

Ai-je raté ma vie?

Non, elle commence. Alors, pardonnez-moi, je N’AI que 30 ans.

 

maf

 


marc-antoine-fortierÀ propos de l’auteur:
Marc-Antoine, surnommé « maf », est né à Québec par un beau 16 mars de 1986, le seul de cette année d’ailleurs. Classe moyenne, physique moyen, performances sportives moyennes, résultats académiques moyens, décidément, il doit vraiment être dû pour faire quelque chose d’excellent… À défaut de vivre un deuil quant à la possibilité de fonder une belle petite famille pour ses 30 ans, il croit encore à certaines valeurs telles que : la générosité, l’intégrité, le respect et 1000 $.  – Twitter et Instagram : @m_a_fortier

Crédit photo : Sarah Dagenais

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