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(Texte à lire avec trame sonore épique de votre choix.)

Je trouve qu’il fait sombre ces temps-ci. Les journées allongent mais cela ne change rien à l’humeur ombragée de la vie québécoise en cette tiède fin d’hiver.

Je vais donc parler d’un sujet plus léger. Un sujet qui me tient à cœur. Qui éveille mes passions et me replonge dans mes rêves et souvenirs de jeune homme.

 

La lutte.

 

Attendez! Je sais…

Je sais que la lutte, c’est fake. Qu’ils ne se battent pas pour de vrai. Tout le monde sait, en 2016, que la lutte c’est fake. Right?

Right? (Non, mais passons.)

 

Oui, la lutte, c’est le théâtre du col bleu; le téléroman du monsieur.

Je sais que ce qu’on voit, c’est des gros bonhommes en bobettes, les muscles bien huileux et gonflés à coups de bench press et de produits pour cheval qui se sacrent des coups de poings à six pouces de la face. Je sais.

 

Je sais pas pourquoi mais ça me fait tripper.

Ça vient chercher quelque chose de profond en moi.

Quelque chose qui fait en sorte que je suis excité quand la toune d’entrée de The Rock se fait entendre et que je suis en beau fusil quand l’arbitre se fait distraire et que ça laisse place à toutes machinations vicieuses de la part du vilain pour l’emporter de manière PAS JUSTE PENTOUTE!!!

 

La lutte, c’est la représentation du combat entre le bien et le mal dans sa forme la plus pure. Le gentil se bat pour régler des problèmes, ramener la justice en ville, protéger ou venger quelqu’un qui a subit l’injustice. Le méchant, pour sa part, se bat parce que c’est un méchant. Ça lui suffit.

 

Si vous n’êtes jamais allés voir de la lutte de sous-sol d’église live, go!

C’est plus drôle qu’un show d’humour et plus divertissant qu’un blockbuster américain. Pis embarquez dans le show. Vous avez le droit! Encouragez les héros et envoyez chier les pas fins. Dans leurs faces! Soyez créatifs! De «Coupe-lui la queue pis fais-lui bouffer» à «Va te cacher, le fisc te cherche gros clitoridien», tout est permis.

 

Mais j’veux pas parler de la lutte en tant que tel. De toutes façons, y’en aurait trop à dire. Allez la vivre. Vivez la lutte.

 

Je veux parler de deux gars: Kevin et Rami.

Deux Québécois. Des p’tits gars d’ici, comme on dit. Un grand slack et un grand baquais qui, un beau jour (pas nécessairement le même mais on s’en torche) ont décidé que dans la vie, ils seraient lutteurs.

 

«Ouais mais tu sais que la lutte c’est fake?»

 

Oui, ils le savent. Combien de fois ils l’ont entendu, celle-là?

Combien de fois ils ont dû se le faire dire que leur passion, c’était de la foutaise?

Que ce qui les faisait tripper, ce à quoi ils pensaient pendant leur cours de math et qu’ils ont privilégié au lieu de s’intéresser aux filles (mettons que c’est pas le plus grand des aphrodisiaques non plus…) n’était que des pacotilles…!

 

Et ça, c’est sans compter toutes ces fois où ils se sont fait dire qu’ils n’y arriveraient pas, «de toutes façons!»

 

Parce qu’avouons-le, la lutte, ce n’est pas le métier le plus envisageable. Il n’y a pas beaucoup de débouchés.

Je ne crois pas qu’un orienteur, après avoir étudié attentivement les tests de personnalité et d’intérêts généraux, ait déjà appelé un ado dans son bureau pour lui dire : je sais que tu voulais devenir architecte mais d’après ce que je peux voir, tu as tout pour devenir Le Vipère Vicieux, la machine à tuer de St-Constant!

 

À quel point ça doit être poche de se faire dire que ton rêve n’est qu’un rêve. Pis que c’est fake comme rêve.

En gros, c’est quelque chose qui n’est pas vrai dans quelque chose qui n’arrivera jamais. Y’a de quoi abandonner.

 

Vendredi dernier, donc le 11 mars 2016, j’suis allé au Centre Bell parce que la WWE y était de passage.

Tout était là pour faire une soirée parfaite. Des gros geeks de lutte avec des mains postiches écrit #1 dessus et le chandail à l’effigie de leur lutteur favoris, de la bière à 10$ et un combat principal à tout casser.

 

Ce soir-là, on avait droit à une bataille à trois pour la ceinture intercontinentale opposant Ambrose vs Zayn vs Owens.

Pour ceux qui s’y connaissent, ce n’est pas rien.

 

J’ai décidé d’aller à ce show le soir même, sur un coup de tête. J’me suis acheté mon ticket directement à la billetterie 15 minutes avant que le show commence.

Étant des gars passionnés, il est facile de croire que Kevin et Rami avaient déjà réservé leurs places dès que la date de la venue de la WWE à Montréal fut annoncée et qu’ils seraient les fans les plus bruyants de la foule. Qu’ils seraient là à observer les combattants en se remémorant les doux souvenirs du temps où ils chérissaient un avenir où, eux aussi, se lanceraient du troisième câble afin de déposer leur coude au visage de leur adversaire au plus grand plaisir de leurs fans.

Mais non. Ils n’ont pas pu s’acheter de billets, eux…

 

Parce que Kevin Steen et Rami Sebei s’appellent maintenant Kevin Owens et Sami Zayn et ne les cherchez pas dans la foule ce soir-là, ils seront dans le ring.

 

Après plus de quatorze longues années de sueur, de sang, de larmes, de blessures, d’applaudissements, d’injures, de refus, de petites payes, de voyages en char à travers le Québec, le Canada, les États-Unis ou ceux en avion vers le Mexique ou le Japon. De longues années d’enthousiasme juste pour garder le moral, de doute parce que la famille est loin et que t’as faim. Après tout ce temps, les deux p’tits gars d’ici étaient de retour pour s’affronter devant plus de 10 000 spectateurs qui les attendaient à bras ouverts et gorges déployées.

 

Et comme si ce n’était pas assez, il est prévu qu’ils s’affrontent à nouveau lors de Wrestlemania 32, le Super Bowl de la lutte, devant 93 173 fans qui hurleront leurs noms.

 

Contre toute attente, deux kids qui avaient décidé de suivre leur rêve sont maintenant rendus au sommet.

 

Je ne sais pas si ce texte peut servir de motivation pour quelqu’un… Ce n’était pas nécessairement le but.

Au pire, je l’utiliserai, moi, dans mes jours les plus sombres, quand mes nouvelles jokes ne fonctionneront pas ou que mes 25$ de paye seront pas mal short pour ma fin de mois.

Un rayon de soleil qui perce les nuages pour atterrir direct dans ma face.

 

Oui, c’est fake la lutte. Mais pour Kevin, Rami et même pour moi qui était là pour les encourager ce soir-là, y’a rien qui ne peut être plus vrai.

 


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À propos de l’auteur :
Avec son podcast, le stand up, les soirées trop bien arrosées à jouer à Diablo 2 avec sa gang de chums ou même le blog, Olivier a trop d’occasions de dire des cochonneries. Mais il résiste. Et résister, c’est d’aller dans la section ”commentaires” d’un article du Journal de Montréal et ne répliquer à personne. Je vous le dis, ça brûle. Il n’échangerait sa vie avec personne. Sauf avec Chris Powell, l’entraîneur de l’émission Maigrir ou mourir, ce qui lui permettrait de crier après des gros tout en faisant une bonne action.

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