Feministe

On va s’entendre sur une chose tout de suite.

Quand tu t’appelles Richard Martineau et que ta job c’est d’écrire le plus de niaiseries possible par paragraphe pour faire réagir le plus de niaiseux possible, on ne peut pas être hyper surpris du fait que tu ne contribues pas à l’avancée de la cause féministe.

Quand tu t’appelles France Picard de Cap-Rouge et que tu écris une lettre ouverte pour dire (et il était grand temps qu’on le dise!) que les femmes ont depuis longtemps gagné leur combat puisqu’elles peuvent maintenant fréquenter les tavernes, on grince des dents mais on se dit : «Voyons ! Elle a dû rater son pâté chinois hier soir pis elle avait besoin de se défouler en écrivant des sottises».

MAIS, quand tu t’appelles Lise Thériault, ministre de la condition féminine, réfléchis donc un peu à ce que tu dis, OSTI.

 

Parce qu’une ministre de la condition féminine, qui ne se dit pas féministe, c’est comme un(e) coiffeur(se) pas de bras, ou Destiny’s Child sans Beyoncé. Ça marche pas, c’est poche.

Ça devrait être la première question à l’entretien d’embauche pour le poste. «Êtes-vous féministe?» Si la réponse est non, on te remercie pour ton temps et on t’offre un poste de chroniqueur(se) au Journal de Montréal.

 

Mais parce que l’erreur est humaine, et qu’apparemment la ministre Thériault aussi, voici 5 bonnes raisons d’être féministe en 2016.

Espérons qu’elle sera convaincue!

 

1 – Parce que le féminisme, tel un Pokémon, existe sous plusieurs formes et est en constante évolution.

giphy

Évidemment que les changements législatifs demandés par les féministes il y a 30 ans nous paraissent aujourd’hui comme des acquis, même si des gens comme Stephen Harper et Donald Trump nous font douter de leur immuabilité.

Le féminisme, en 2016, est toujours basé sur le principe de l’ÉGALITÉ des sexes, mais il est de plus en plus inclusif. Parce qu’il cherche à défendre les droits des femmes de toutes ethnicités, de toutes religions et de toutes orientations sexuelles.

Qu’on soit une femme blanche catholique hétérosexuelle cisgenre, ou une femme noire musulmane asexuelle transgenre, le féminisme cherche à conscientiser les gens aux problèmes que pose le patriarcat pour les femmes (et les hommes), mais aussi au fait que certains groupes de femmes sont plus vulnérables parce qu’elles cumulent les désavantages dans une société qu’on pense parfois plus progressiste qu’elle ne l’est vraiment.

 

La base du féminisme n’a pas changé parce que l’égalité des sexes n’est en aucun cas un dossier classé.

Malheureusement, malgré l’approche plus moderne des féministes contemporaines, beaucoup de personnes associent le mot à ses versions passées ou à des organisations plus radicales.

Le féminisme des FEMEN, par exemple, est là pour choquer. Pour faire parler. Il est le Alex Perron de la cause. Il tape sur les nerfs de beaucoup de gens (incluant d’autres organisations féministes) parce qu’il est «too much», mais il existe. Et il représente quelque chose de plus grand. Il est nécessaire. Pour faire état d’une réalité et se faire le porte étendard d’une cause indéniablement importante.

 

 

2 – Parce que le féminisme profite autant aux hommes qu’aux femmes.

giphy (2)

Parce que rechercher l’égalité des sexes et vouloir contrer les effets négatifs du patriarcat sur l’imaginaire collectif, ça veut dire faire voler en éclat TOUS les stéréotypes.

Briser l’image de la femme hypersexualisée que nous jettent à la figure les médias depuis des décennies, c’est faire la même chose de celle de l’homme, et lui donner le droit d’être ce qu’il veut bien être.

Les hommes font aussi face à un réel problème d’identité parce qu’on essaie de leur assigner des traits physiques et psychologiques qui ne sont pas toujours les leurs, et qu’on les stigmatise ensuite encore plus que les femmes quand ils font face à des problèmes comme la violence conjugale ou les troubles alimentaires, par exemple.

 

Avoir une vision féministe, c’est contribuer à ce que les hommes aussi se sentent libres d’être ce qu’ils ont envie d’être.

Pas juste l’image qu’on leur demande de représenter. Parce qu’une société qui méprise les femmes, fait la promotion de codes qui amputent aux hommes le droit à une partie de leur sensibilité.

Quand on dit à un homme «fais pas ta fille», non seulement on insulte les femmes en insinuant un quelconque trait de caractère inné et désagréable, mais on rend implicite le fait que tout homme se doit d’être fort, ou viril, ou dénué d’émotions qui le rendraient vulnérable à la face du monde.

Même chose pour l’expression «avoir des couilles».

Comme si le courage était une vertu réservée à ceux qui ont un beau pénis pour agrémenter ladite paire de couilles, et que l’absence de hardiesse entrainait à long terme l’atrophie de la précieuse bourse.

Plusieurs féministes argumenteront que de convaincre les gens d’adhérer au féminisme en le présentant comme étant un bénéfice pour les hommes, va à l’encontre de ce que le mouvement défend. Je pense que le féminisme est en grande partie une question de relations entre les individus (homme/femme) et qu’il est important que le dialogue se fasse de façon à ce que chacune des parties fasse preuve d’empathie envers l’autre.

 

 

3 – Parce qu’on est encore loin du but.

tumblr_inline_n36nmbzrlU1qzjix8

Culture du viol, «slut shaming», «gaslighting», violence conjugale. Aucun de ces mots n’appartient strictement au passé.

Il suffit d’avoir un vagin pour savoir avec quel genre de désagréments il est livré à la naissance (ou plus tard).

Pourquoi est-ce que, des dizaines d’années après la montée du féminisme, je dois encore regarder ma meilleure amie porter plainte à des policiers parce que son ex est violent? Pourquoi je dois expliquer à un partenaire que c’est un total manque de respect de tenter de négliger de se protéger? Pourquoi est-ce que je dois endurer le «slut shaming» de gens qui me connaissent à peine, ou pire, d’amis proches?

Pourquoi est-ce que je me fais dire de sourire plus, de manger moins, de relaxer quand je suis fâchée ou que «ce n’est pas si grave» quand je suis triste? Pourquoi est-ce que les compagnies pharmaceutiques essaient si fort de m’empoisonner avec leur pilule?

Pourquoi est-ce qu’on les laisse faire?

Pourquoi est-ce que je pourrais allonger cette liste à l’infini, si j’ajoutais les expériences de loin plus difficiles de toutes les autres femmes du monde?

Pourquoi? Parce qu’on a encore tellement de chemin à faire.

 

 

4 – Parce que ça pousse à réfléchir.

tumblr_n5yvy6aFDo1tq4of6o1_500

Parce qu’adhérer à une mentalité féministe, c’est constamment remettre en question les codes de notre société et porter un regard critique sur ce à quoi on est confronté(e)s au quotidien.

L’histoire des agressions du nouvel an à Cologne est un exemple de récupération de la cause féministe pour faire avancer des idées xénophobes.

Dire que les féministes auraient dû réagir plus violemment à ces agressions perpétrées sur des femmes blanches catholiques, ça revient à dire «laissons ces hommes, ces monstres, violer les femmes dans leurs pays. Parce que leurs femmes sont arabes, musulmanes, et leur vie et leur bien-être valent donc beaucoup moins que ceux des femmes en occident».

Pourquoi on ne peut pas juste être heureux que ces hommes habitent maintenant dans des pays où ils peuvent être punis pour leurs actes?

 

Le message à passer n’en est pas un de xénophobie, mais un, clair, qu’il n’est pas et ne sera jamais acceptable d’agresser qui que ce soit, où que ce soit.

Des gouvernements partout à travers le monde laissent des atrocités arriver aux femmes.

Viols collectifs en Inde, étudiantes violées et poussées au suicide par un manque de prise au sérieux de leurs communautés au États-Unis, et laxisme dans les enquêtes sur les disparitions de femmes autochtones ici même au Canada.

N’allez pas me faire croire que c’est à ce moment-ci, avec ces incidents précis, qu’on a mondialement décidé que la femme valait la peine d’être protégée.

L’idée n’est pas de chercher la bête noire partout, mais d’être en mesure de faire la part des choses, de juger lorsqu’une situation va à l’encontre de nos valeurs féministes, puis d’avoir le courage de nos convictions et de dénoncer cette situation.

Répliquer à quelqu’un qui fait une remarque sexiste, xénophobe ou homophobe, condamner le «slut-shaming», ou encourager ceux qui vivent ou comprennent la fluidité des genres et le «body positivity», ça ne coûte rien. Personne ne perdra jamais rien en militant pour une plus grande égalité et une meilleure compréhension entre les humains.

No joke. Essayez.

 

 

5 – Parce que c’est bon pour la santé.

tumblr_ljk3tsPGum1qa48wxo1_500-1419349950

Physique et surtout mentale.

Parce que le féminisme nous enseigne à nous aimer, tel(le) qu’on est, et à aimer les autres tel(le)s qu’elles ou ils sont aussi.

On peut oublier ce que les magazines nous disent, les règles qu’ils nous imposent. Même quand ils jouent la carte du «girl power» pour vendre des copies en faisant la promotion des «Journée sans maquillage» et autres hypocrisies du monde des publications féminines.

 

Le féminisme de 2016 nous dit : rase-toi, rase-toi pas, maquille-toi, maquille-toi pas, porte des vêtements révélateurs, ou pas.

Laisse ton corps être ce qu’il veut être et laisse celui des autres l’être aussi.

C’est un message de «body positivity» qui change beaucoup de choses quand on l’assimile complètement. Il nous permet non seulement d’être bien dans notre corps et de peu à peu éliminer toute l’anxiété qui vient avec le désir d’être parfaite et de coller aux critères de beauté de notre société.

Et le plus beau là-dedans, c’est qu’on peut être féministe même si notre image colle à ces fameux critères de beauté. C’est tu pas merveilleux!

Ça s’appelle l’inclusion et le respect. C’est nouveau.

 

 

J’espère que Lise Thériault voulait juste faire sa smatt. Qu’elle voulait juste de l’attention. Parce que toute personne qui comprend vraiment ce qu’est le féminisme, ne peut argumenter contre sa pertinence et sa nécessité.

Mais le syndrome de la colonne en Jell-O qui gangrène le Québec depuis ma foi trop longtemps rend tellement douloureuse une vraie prise de position.

On préfère se dire «égalitaires», c’est plus safe.

Mais être «égalitaire», c’est être féministe, alors DIS-LE DONC, criss.

 


Iris95À propos de l’auteure :
Iris a quitté le ghetto sur-privilégié de Tremblant quand son rêve de vivre de son groupe de punk féminin s’est éteint. Maintenant costumière, on pense que sa job est glamour, mais ses principales tâches sont de sentir les aisselles de chemises des comédiens, manger dans son char et s’engueuler avec les caissières chez La Baie. Elle apprécie le tricot, le whisky et faire des blagues vulgaires à des inconnus. Incapable de mentir, ne lui demandez jamais si votre pantalon vous fait un gros cul, surtout si vous avez un gros cul.

Crédit photo : Catherine-Rose Dionne

D'autres beaux textes à lire aussi...