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Comme toute bonne vidange étudiante au paroxysme de sa mi-session, je me suis retrouvé la semaine dernière avec quelques livres fermés à 15 pieds de moi et un onglet Netflix grand ouvert : le setting idéal pour une classique soirée «visionnement coupable enroulé tel un burrito dans une grosse couverte».

 

J’ai honte, mais j’ai choisi d’écouter la comédie adolescente « Naomi and Ely’s No Kiss List » : la folle histoire d’une fille troublée par ses démons intérieurs et de son ami gai qui fout le bordel dans leur amitié parce qu’il contrôle pas ses hormones de gai.

 

Ely, ledit ami, représente tout ce qui me fait grincer des dents dans les représentations LGBT en fiction.

Je devrais peut-être me consoler en me disant «Youhou! Les gais font partie de l’histoire! Personne se fait tuer ou tabasser! On a gagné!», mais le fait qu’on le relègue à la position d’acolyte dont la personnalité est construite sur un stéréotype gros comme le malaise de Marie-Chantal Toupin à Tout le monde en parle me fait un brin vomir dans ma bouche.

 

Personne veut être l’accessoire fashion d’une autre personne et, pourtant, vous seriez surpris de la fréquence à laquelle une personne dans la vraie vie va directement venir me dire « Oh my god, j’ai toujours voulu un ami gai ».

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Ayant passé mes jeunes années dans une banlieue plus ou moins habituée aux personnes LGBT et à leurs différences, je suis arrivé stupéfait à Montréal il y a quelques années avec le même air surpris que Taylor Swift a tout le temps quand elle gagne un prix, mais qu’elle veut avoir l’air humble.

 

J’avais rien qu’à faire un commentaire sur Rihanna ou un petit geste maniéré trahissant mon éventuelle homosexualité que la rue au complet se retournait sur mon passage pour me pitcher du lilas et des colombes en criant « YAAAAASSS QUEEEN, SLAY, WERK GURLFRIEND! YOU DO YOU! »

 

Laisse-moi te dire que ça fait changement d’une gang de gars de 16 ans qui viennent te voir à ton casier pour te dire « Hey J-F, on est tellement contents que tu te sois fait une blonde (lol), on avait peur que tu sois fif pis que tu nous check dans les vestiaires ».

 

Rapidement, toutefois, j’ai commencé à trouver ça moins drôle que plusieurs personnes que je rencontre au hasard me demandent on-the-spot si j’ai le goût d’aller magasiner avec elles alors que j’ai jamais signifié un quelconque intérêt à passer un après-midi de temps à les suivre en disant « Waw, té trop belle ».

Pour vrai, ça me tente fuckall.

 

J’ai commencé à trouver ça moins drôle aussi que ces mêmes personnes assument que, parce que je suis gai, j’ai un historique sexuel aussi long à lire qu’Harry Potter et l’Ordre du Phénix.

 

Non, Julie-Ève, j’ai jamais participé à un foursome avec trois hommes mariés dans la boite d’un pickup en arrière du Unity.

Loin de moi l’idée de slut-shame qui que ce soit : foursome qui veut bien foursome. C’est juste pas mon expérience à moi.

 

Croyez-le ou non, les gais ne sont pas tous les mêmes.

On est pas tous des dieux du karaoké, on est pas tous passionnés par le monde de la coiffure (non, je ne suis pas en mesure de teindre tes cheveux en gris) et on n’est pas tous prêts à donner nos vies pour sauver celle de Fergie.

En fait… je pense qu’aucun gai serait prêt à donner sa vie pour celle de Fergie.

Ça reste Fergie t’sais.

 

En tout cas, mon point n’est pas ici de me dissocier complètement du stéréotype de l’ami gai ou de le dépeindre de manière péjorative.

Chacune des caractéristiques associées à ce stéréotype sont flawless et je m’identifie aisément à plusieurs d’entre elles.

Le problème n’est pas là.

 

Là où je lâche un profond soupir, c’est quand une fille m’accoste dans un bar et estime catcher l’entièreté de ma personne en l’espace de 3 secondes parce que j’ai eu le malheur d’être trop enthousiaste quand Bootylicious a commencé à jouer.

Me faire imposer une identité aussi arbitrairement, je m’excuse, mais ça m’intéresse pas.

 

C’est pas aujourd’hui qu’une personne qui se cherche un token gay friend va me réduire à un rôle secondaire où je fais juste lui tenir les cheveux pendant qu’elle braille au-dessus d’une toilette.

No, not today.

not today

 


Jean_Fre95À propos de l’auteur :
Jean est l’abeille la plus sassy de la Beyhive. Entre deux articles du Code civil, il aime bien se relaxer avec un vieux Archie fripé et du Crush au raisin. Ses rêves les plus tangibles sont d’ouvrir un Bed&Breakfast pour chiens ou d’être sélectionné dans l’équipe d’Isabelle à La Voix. En attendant d’y arriver, tu peux le trouver chez lui. Il est en train de développer une plaie de lit en apprenant toutes les répliques de Mean Girls par coeur. So Fetch.

Crédit photo : kargaltsev

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