lavraievulgarité

Mercredi dernier, j’ai fait quelque chose d’inhabituel. Quelque chose qui, normalement, ne me vient pas naturellement à l’esprit.

Je me suis levé à 7h30. Du matin, oui…

 

C’était étrange.

La lumière ambiante était pleine d’un enthousiasme et d’un «Tout est possible, la vie m’appartient!» qui n’existe pas dans mon soleil de midi et demi familier.

L’air était léger, les gens souriants, les idées fraîches.

Ça n’arrivera plus, soyez sans crainte.

 

Mais j’avais une bonne raison de le faire.

Ce matin-là, j’allais au Palais de Justice de Montréal rejoindre mes collègues humoristes qui s’étaient rassemblés en cette froide matinée (je vous jure que c’est spécial pour nous, le matin) dans le noble but de soutenir l’ami Mike Ward dans son ultime comparution devant le juge dans l’affaire «Mike Ward vs Jérémy Gabriel».

 

Oui, Jérémy Gabriel! Pour ceux qui n’étaient pas au courant, son prénom n’est pas «Petit» et son nom de famille n’est pas plus «Jérémy».

 

Mais passons par-dessus le petit bonhomme pour le moment; c’est Mike la personne importante dans cette histoire.

Ce qu’il fait, présentement, en défendant la liberté d’expression, c’est pour nous tous.

En faisant de l’humour noir, voire trash, en repoussant les limites du bon goût, il nous protège.

Pas seulement les humoristes. Tout le monde qui a un quelconque lien avec la culture québécoise. Que ce soit comme artisans ou consommateurs.

 

Il nous protège d’un statu quo inquiétant; d’une beigitude alarmante. D’un abîme de médiocrité sans fond.

 

Il nous protège d’une vulgarité bien pire que le mot «plotte».

Continuez de lire.

 

La culture québécoise, présentement, est nulle à chier. On s’y emmerde royalement.

Les émissions les plus regardées sont des quiz ou des concours avec du «monde normal» dedans, les radios essaient de faire baisser les quotas de musique locale et des vieilles peaux du «star système» se portent à la défense de leur ami pédophile et décédé. Mais surtout pédophile.

 

C’est laid.

 

Et toute l’histoire de Jérémy, à partir de sa performance devant le Pape jusqu’au verdict prochain de son procès contre le diable en personne, est la personnification du cancer qui gruge notre paysage culturel que l’on vante contre vents et marées.

C’est-à-dire : On les aime dont nos vedettes.

 

Les gens se sont approprié les artistes, les «vedettes», et se sentent impliqués lorsque leur favori se fait manquer de respect.

Ils s’en torchent si leur voisin se fait défoncer son cabanon mais «ne touchez pas à ma Véro!»

On les aime tellement qu’il y a 25 magazines où l’on peut voir l’intérieur de leurs maisons ou de leurs décolletés tandis que le magazine des Débrouillards n’existe même plus…

 

Ce qui manque au Québec, c’est de l’autodérision. La culture du roast.

On ne fait pas ça, ici, rire de nous. Ça heurte notre petit égo. Et si en plus, on s’attaque à une vache sacrée du paysage artistique, mononc’ Michel et matante Michèle montent aux barricades.

 

Pourtant, ce que l’on veut le moins du monde c’est qu’un artiste se prenne pour un autre.

Ça sert à ça, un roast.

C’est comme une soupape d’urgence que l’on évacue pour ramener tout le monde sur Terre. C’est un mal (qui n’en est pas un) nécessaire.

C’est sain.

 

Oui, il y a «Prière de ne pas envoyer de fleurs», animé par le roi du beige Patrice L’Écuyer, qui reproduit le style du bien-cuit si celui-ci avait été écrit, réalisé et produit par ma tante Lucette.

On y fait des blaguettes et on y voit souvent l’humoriste Valérie Blais venir nous faire un sketch où elle décrit le «défunt» comme si c’était une recette! Hi hi, ça c’est comique!

 

«Pour faire un Charles Lafortune, ça nous prend 250mg de plaisir, 2 cuillères à thé de folies et 50g de crotte dans ma bouche!»

 

Les artistes ont la prétention de se mettre devant la caméra ou sur scène et de croire que Benoit et Julie arrêteront tout dans leur soirée pour les regarder au lieu de faire l’amour.

Même si ici, les stars vont au Super C et à L’Aubainerie comme tout le monde, c’est ça qui se passe pareil.

La moindre des choses serait qu’on puisse leur rappeler que ce qu’ils font, ce n’est pas toujours «the shit». On doit rire de nos faux pas.

 

L’aventure «Petit Jérémy» fut un énorme faux pas.

Oui, tout le monde a le droit de réaliser ses rêves. Le sien était de chanter devant le Pape. Bravo, tu l’as fait, maintenant, bebye!

 

Mais non, Jérémy veut continuer.

Chanter pour vivre, vivre pour chanter.

Un seul petit hic: il ne chante pas très bien. Non, je dirais plutôt: il chante très bien pour quelqu’un qui ne parlait pas avant l’âge de 6 ans dû à des handicaps lourds…

 

Au nombre de chanteurs au talent indiscutable et à l’imagination débordante qui ne trouvent pas de job ou de scène où se produire, je ne crois pas qu’on peut se permettre de laisser une place de choix à notre cher «Petit» sous prétexte qu’il ne l’a pas eu facile.

Oui, au début, telle la femme à barbe de la fête foraine, on trouve ça cute.

À moment donné, on la tasse parce qu’elle n’est plus pertinente en se disant qu’elle se trouvera ben un emploi chez Costco.

 

Mais on lui laisse une place. Parce qu’un p’tit gars qui peut tirer une larme ou deux, ça vend de la pub et la télé, ça sert à ça.

Fa’qu’on va le mettre à la télé.

«Qu’est-ce qu’il y a dans la valise? Vous le saurez… après la pause!» C’EST À ÇA QUE ÇA SERT!!!

 

Et c’est ça que Mike Ward dénonce dans sa blague sur Jérémy.

On se sert de l’handicap d’un enfant pour vendre des chars et de la crème hydratante.

 

Maintenant, qu’est-ce qui est plus vulgaire? Ça ou le mot plotte?

C’est vous qui savez.

 


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À propos de l’auteur :
Avec son podcast, le stand up, les soirées trop bien arrosées à jouer à Diablo 2 avec sa gang de chums ou même le blog, Olivier a trop d’occasions de dire des cochonneries. Mais il résiste. Et résister, c’est d’aller dans la section ”commentaires” d’un article du Journal de Montréal et ne répliquer à personne. Je vous le dis, ça brûle. Il n’échangerait sa vie avec personne. Sauf avec Chris Powell, l’entraîneur de l’émission Maigrir ou mourir, ce qui lui permettrait de crier après des gros tout en faisant une bonne action.

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