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«R’garde-moi direct dans les yeux. Dis-moi que tu ne penses pas vraiment c’que tu dis.»

 

Il n’y pas si longtemps que ça, je n’étais pas féministe.

Zéro.

Je trouvais que ça allait contre ma masculinité et que trop d’idées du féminisme étaient rétrogrades pour les messieurs.

J’avais l’impression que trop d’entre elles voulaient le retour du balancier, ce qui impliquait que nous, les gars, on devrait subir ce qu’elles avaient subi.

 

Nos salaires seraient revus à la baisse.

On devrait craindre la réaction de nos épouses lorsqu’elles reviendraient d’une mauvaise journée à ‘shop.

On devrait se plier aux canons de beauté que l’on voit dans les magazines ce qui engendrerait perte de poids et de poils ainsi qu’implant de paquet.

Des «grosses boules en plomb dans la poche» comme dirait Richard.

 

J’exagère mais vous voyez le genre.

 

J’me disais plutôt égalitariste. (T’sais, ce terme qui existe tellement…)

Et ma prise de position a fait en sorte que je me suis pogné souvent et intensément avec celle avec qui j’habitais, avec qui je partageais le lit et avec qui j’échangeais des baisers. Mais moins ces soirs-là…!

 

Ni un ni l’autre ne voulait démordre.

J’me disais : Yo! (J’étais émotif.) Qu’est-ce qu’il y a de mauvais dans mon propos? Je veux que nous soyons égaux! M’semble que c’est ça le but… Right?

«Le féminisme, c’est pour les femmes. Pour améliorer leur sort et les mettre de l’avant. Tandis que l’égalitarisme, c’est pour les hommes. Prôner l’égalité des sexes.»

 

J’étais bien dans ce que je représentais. Confortable. Ça ne demandait pas vraiment d’effort.

 

C’est ça l’affaire.

 

Moi, j’ai été élevé dans une famille où mon père et ma mère avaient tous les deux des responsabilités dans la maison, les deux avaient un travail et ni moi ni ma sœur n’avions de privilège dû à notre sexe.

Mon père ne faisait pas de commentaires déplacés envers la gente féminine et ma mère ne se plaignait pas d’en avoir reçu.

J’ai été élevé sous un toit où l’on considère que le respect envers son prochain n’est pas une image biblique mais la moindre des choses; un fondement.

 

C’est pour ça que c’était facile de penser que c’est d’même que ça se passait chez le voisin et ainsi, je pouvais me vautrer dans mon lit de plumes d’oies et de velours anciens qu’est l’égalitarisme.

 

Et là, arrive le Grand Prix 2015.

Déjà, la Formule 1, je trouve ça complètement débile.

Oui, à chacun sa passion mais je n’ai tellement aucune attirance envers les bolides de vitesse (ou même de plaisance) que pour moi, cette fin de semaine n’est que pollution, mise en valeur de la surconsommation et un million de touristes qui ne savent pas comment circuler sur les trottoirs du centre-ville.

 

Donc, c’était le Grand Prix 2015.

Par un bel après-midi chic et huppé de la rue Crescent, on s’adonne à l’exposition d’une voiture de course.

Déjà : le rêve.

Il fait beau. Il fait chaud. L’excitation est à son comble pour tous ceux qui imaginent la bagnole rouler à travers la savane africaine tout en humiliant gazelles, guépards et amazones de par sa fluidité hors route et son air-climatisé tout à fait d’adon vu la chaleur de la savane africaine.

 

Soudainement, un duo de femmes nues-boules et aux revendications tranchantes fendent la foule et envahissent le stage.

Vous l’avez deviné, ce sont les Fémen.

Jusque là, rien de nouveau sous le soleil. Elles dénoncent la traite de femmes et le tourisme sexuel qui opère durant l’événement.

 

«Montréal n’est pas un bordel!» qu’elles criaient, en anglais.

Et elles crient fort. Y’en a même une qui se couche sur la voiture.

 

Soudain, au lieu de voir Pierre-Karl scander un pertinent «En français» aux délinquantes, vois-tu pas deux bonhommes de la sécurité qui les agrippent (très maladroitement parce qu’ils ne voulaient pas accrocher leurs «fun-bags») et les garrochent au sol avant d’envoyer la réplique du siècle : …m’en calice! Ça, ça vaut plus cher qu’elle!

 

«Ça» étant la voiture.

«Elle» étant… elle. Une femme. Une personne.

Bam.

J’étais devenu féministe.

 

Je venais de voir, chez nous, dans le Québec civilisé, un homme de l’âge à mon père manquer de respect à une femme comme on criss une canette dans les vidanges.

 

Contrairement aux exemples de sensations que tu nous as énumérés, Richard, c’est-à-dire Guy Turcotte, Marc Lépine et Marcel Aubut, ce monsieur n’a pas là d’histoire.

Il n’a ni volé, ni violé ou tué qui que ce soit.

Il a juste fait son travail qui, à ce moment-là, était de pitcher une femme en la classant (dans l’échelle de l’importance des affaires dans le monde) en bas d’un tas de ferraille de compétition.

 

R’garde Richard, j’ai lu ce que t’as écrit.

Lui, ce n’est pas «Les hommes», c’est «un homme».

Tu ne veux pas qu’on généralise. (Plutôt farfelu lorsqu’on se remémore l’épisode de l’étudiant sur la terrasse avec iPhone et sangria de 2012. «La belle vie!», comme tu disais.)

 

Des événements comme celui-là, il y en a beaucoup. Des plus petits et des plus gros.

Que ce soit de siffler une fille au passage, lui faire des avances physiques non désirées ou la traiter de pute pis d’agace parce qu’elle les refuse, malgré la différence d’intensité de chacun, ça s’appelle quand même du sexisme.

 

Oui, t’as raison Richard. Peu d’hommes iront jusqu’à commettre ces gestes que l’on qualifie de dégoutants ou même d’impardonnables. Mais quand on additionne tous les petits gestes commis par trop de monsieurs, on peut arrêter de dire «un homme» et opter pour «les hommes».

 

Sens-toi pas visé si t’as rien commis, que tu considères que tout va bien et que l’égalité règne dans la grande province du Québec.

Soit égalitariste.

Stagne.

 

Le féminisme, c’est de faire avancer les choses pour arriver à l’égalité. Faire des moves.

Évoluer.

 

Mais on ne veut pas de toi, Richard, dans le mouvement. T’es trop lourd pour qu’on puisse avancer.

Reste chez toi et passe tes commentaires en regardant passer la parade à travers les stores de ta fenêtre de salon. «En direct de ton Lazy-boy!»

 

L’égalité des sexes, ce n’est pas un trophée qu’on amène chez nous après un tournoi de balle et qu’on expose sur le foyer à jamais. C’est un combat de tous les jours et les obstacles sont (trop) nombreux.

 

Si tu ne veux pas faire ta part, ‘aight! Fais ce que tu veux pis encaisse ton chèque. Il est là! Mais arrête de dire que les hommes sont des victimes face au discours féministe.

Oui, il y en a des plus radicales, mais elles, ce ne sont pas «les féministes» mais «des féministes».

 

D’ailleurs, je me suis permis de te tutoyer tout au long de mon texte, Richard, car tu n’es pas «les hommes».

Une ostie de chance.

 


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À propos de l’auteur :
Avec son podcast, le stand up, les soirées trop bien arrosées à jouer à Diablo 2 avec sa gang de chums ou même le blog, Olivier a trop d’occasions de dire des cochonneries. Mais il résiste. Et résister, c’est d’aller dans la section ”commentaires” d’un article du Journal de Montréal et ne répliquer à personne. Je vous le dis, ça brûle. Il n’échangerait sa vie avec personne. Sauf avec Chris Powell, l’entraîneur de l’émission Maigrir ou mourir, ce qui lui permettrait de crier après des gros tout en faisant une bonne action.

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