lune098

J’ai lu l’autre jour que, selon une étude sérieuse menée auprès de jeunes adultes, notre génération est arrivée à un point relationnel de non-retour où les climats les plus intimes qu’on partage n’impliquent plus une présence physique.

Dans le sens où on est davantage à l’aise de s’ouvrir le cœur et de se délier la luette quand on est sur Facebook Messenger que quand on est face à face.

On s’y sentirait plus proches.

 

Instinctivement, j’ai le goût de répondre explosivement à cette étude «NO WAY JOSÉE. JE SUIS UN INDIVIDU TERRE À TERRE : REGARDE-MOI BIEN INTERAGIR FLUIDEMENT AVEC MON PROCHAIN SANS AVOIR BESOIN D’INTERNET! CE SOIR, JE SORS AVEC MES CHUMS DE FILLES.»

 

*Il sort avec ses chums de filles. Ils vont en ville, ça coûte pas cher, il n’arrive à aborder personne et rentre chez lui la mine basse.*

 

Ouin. Turns out que l’étude est pas si niaiseuse que ça finalement.

Soirées de pitounes sans résultats derrière moi, je jette un coup d’œil pseudo-anthropologique à mes fréquentations/embryons de relations/histoires de 2 soirs du passé et je remarque une constante : presque toutes ces interactions sont nées sur Internet.

 

Mon gros move ambitieux servant à signifier mon intérêt n’a jamais été d’aller voir le fruit de ma passion en personne et de lui dire que je trouve son coton ouaté Aéropostale vraiment original.

Mon gros move ambitieux, c’est d’aller liker une de ses récentes publications en ligne et de commenter « HAHAH J’AI RI FORT » alors que j’ai pas ri pantoute.

 

De là (à la surprise générale) sont souvent nées de longues épopées de messages textes et d’emojis de pleines lunes qui se lancent des regards approbateurs.

De là sont également nées des relations physiques, de toute évidence, mais fréquemment avec une incompréhension totale de l’autre en face à face.

 

C’est facile de Netflix&Chill avec quelqu’un, mais tu sais pas plus quoi lui dire après votre suave marathon de Grey’s Anatomy quand transposer votre intimité virtuelle en personne est presqu’aussi impossible à faire que d’entendre notre propre voix enregistrée pour la première fois et de pas trouver qu’on sonne comme une jument en train d’accoucher.

 

J’ai envie d’en rire, mais c’est vraiment pas drôle de faire partie d’une batch de jeunes adultes qui sont tellement habitués de se parler online en prenant le temps de réfléchir à leurs réponses pendant une demi-heure qu’une simple interaction imprévue de vive voix les fait vomir dans leur bouche.

 

Demande-moi d’envoyer un courriel d’admiration inconditionnelle à Céline Dion et je te ponds une prose légendaire illico en calant une bouteille de Grey Goose et jouant des maracas, mais demande-moi JAMAIS d’appeler mon dentiste pour prendre un rendez-vous en t’attendant à ce que je le fasse dans l’immédiat parce que je vais passer une demie journée à écrire sur des post-its ce que je dois lui dire en prenant plusieurs pauses pour aller respirer dans un sac en papier brun et me regarder dans le miroir en me disant « Allez mon beau, t’es capable ».

 

Combien de fois je me suis retrouvé à 3 pieds d’un gars que je mourrais d’envie d’inviter au Dairy Queen sans savoir comment faire passer mon point de manière confortable et spontanée?

Ça se fait pas swiper une personne en vrai à moins que tu sois prêt à la prendre par le visage et, à tes risques et périls, la garrocher à ta droite.

 

Combien d’autres fois je savais pertinemment que mon attirance pour quelqu’un était réciproque, mais que le seul moyen qu’on savait utiliser pour se le démontrer en personne était d’avoir l’air le plus désintéressés possible?

C’est quoi la prochaine étape?

Est-ce qu’en 2016 le nouveau « Je t’aime » va être de se sacrer un coup de pied dans la face?

Un doigt dans l’oeil?

On va tu se battre à coups de râteaux?

 

En tout cas.

Je dis pas que les médias sociaux au grand complet sont une véritable plaie et que rencontrer des gens en ligne est fondamentalement mauvais (parce que sinon les 23 dernières années de ma vie auront conséquemment servi à rien), mais quand on réalise qu’une utilisation continue des patterns relationnels d’Internet en est venue à un point où elle handicape notre quotidien physique, y’est peut-être temps de tirer la plug où d’aller s’acheter une couple de chats parce qu’on risque de se lever tout seul le dimanche matin sur un maudit long temps.

 

 

Une animalerie à recommander?

 


Jean_Fre95À propos de l’auteur :
Jean est l’abeille la plus sassy de la Beyhive. Entre deux articles du Code civil, il aime bien se relaxer avec un vieux Archie fripé et du Crush au raisin. Ses rêves les plus tangibles sont d’ouvrir un Bed&Breakfast pour chiens ou d’être sélectionné dans l’équipe d’Isabelle à La Voix. En attendant d’y arriver, tu peux le trouver chez lui. Il est en train de développer une plaie de lit en apprenant toutes les répliques de Mean Girls par coeur. So Fetch.

Crédit photo: barto

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