thuglife

Des mauvaises décisions dans ma vie j’en ai pris en masse.

Commander du saumon au St-Hubert, embarquer dans la valise d’un char au Ciné-Parc ou dépenser 4,99$ sur Illico en 2007 pour la location du film Nitro.

Mais tous ces choix douteux ont été pris de mon plein gré, en pleine connaissance de cause.

 

Par contre la décision de me faire baptiser, celle-là je l’ai pas prise.

Mettons que c’est plus mes parents qui ont callé la shot.

 

C’est sûr que c’est cute un baptême.

Ça donne l’occasion à la famille de se réunir et de constater que quand tu fais faire une simulation de noyade à un poupon pis qu’y te lâche un cri de mort dans la bâtisse la plus écho du village, ça se peut que tu veuilles juste le swinguer dans l’allée centrale comme un ballon de football en feu.

 

Puis comme la plupart des Québécois francophones de la génération Y, j’ai effectivement été baptisé. Ce pourcentage augmente à 99.9% si comme moi tu viens d’un village perdu (synonyme: agricole) et que tu es né avant 1983.

Cherche pas la source de mes statistiques, je viens de toute inventer ça.

 

Bref entrer dans la grande maison de Dieu c’t’ait pas mon call.

Personnellement je ne crois pas du tout aux religions, mais je peux comprendre la bouée que celles-ci peuvent représenter. Quelque chose à quoi t’accrocher quand la fin approche.

Un peu comme le ghetto-radeau que Jack concède à Rose.

 

Quand ma mère est décédée, on a fait ça à l’église sur Côte-des-Neiges.

Rien de mieux que de porter un cercueil avec la crainte de te faire taxer par des gangs de rue.

 

Le prêtre avait baragouiné un discours comme quoi ce n’était pas la fin mais bien le début.

Je me rappelle encore de mon envie de me lever pour le couper et lui dire:

« Sorry man, mais ‘est morte faque je pense que c’est pas tant… le début. »

« Le début de son séjour au paradis », disait-il dans sa longue toge beige avec son gros crucifix dans le cou. Un look qui n’est pas sans rappeler le cover d’Inoxydable, le premier album de Marie-Mai.

 

Faque ce que tu me dis mon Père, c’est qu’elle est entrée au paradis?

Je peux-tu te poser 2-3 questions sur ta soi-disant destination balnéaire éternelle fictive?

-Oui.

-Ok, let’s go.

 

Premièrement y’est situé où ton « jardin d’Éden »?

Viens pas me dire que ça se passe vraiment d’in nuages sinon je décroche tout de suite.

 

On est-tu logé?

Ou c’est un genre de Hunger Games? En mode survie pis toute.

Est-ce que la pyramide de Maslow s’applique toujours?

 

Pis Saint-Pierre? 

Mettons qu’y est vraiment à ‘porte? Si y me laisse pas rentrer?

Je peux-tu y dire que je venais rejoindre du monde?

Comme dans un Supper Club de la rue Saint-Laurent en 2007.

« Je connais Cynthia, ‘est au bar en haut! »

 

Mettons que je rentre?

J’aimerais ça retrouver ma mère pis mes grands-parents. Mais si j’ai le réflexe d’aller rejoindre mes proches, j’imagine que les membres de ma famille décédés avant moi ont eu le même.

 

Donc selon le raisonnement chrétien, je devrais rencontrer tous les défunts membres de ma famille depuis Adam et Ève?

« Bonjour Monsieur, donc vous êtes mon arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-grand-père? »

Pas pire retrouvailles quand même.

In your face Claire Lamarche.

 

Tout ça m’amène la sous-question suivante: est-ce que je suis pogné pour porter le même linge que j’avais sur moi quand je suis mort et ce, pour l’éternité?

Si oui, j’espère ne pas mourir dans un accident de kitesurf en République dominicaine parce que passer l’éternité avec un chandail en Lycra cheap écrit « I love Cabarete » pis des bermuda Quicksilver, m’a trouver le temps long longtemps.

Mais je peux-tu au moins ramasser mes gougounes que j’avais laissées pas loin du palmier?

Non!? Tu sais pas? Ok.

Je sais ben que la mode est cyclique mais c’est quand même aux 20 ans. Airoldi va se faire aller le sifflet en haut.

 

Ou attends!?

Est-ce que les commerces qui font faillite vont au paradis aussi?

Ça serait logique.

Vu que je suis là pour un p’tit bout, j’irais chez Distribution aux consommateurs me chercher un vieux Nintendo avec Duck Hunt pis l’gun.

Y’a-tu de l’électricité en haut?

Non!? Tu sais pas? Ok.

 

-Faque en résumé j’ai accès au party « incertain » juste si je mène une bonne vie?

-Oui.

-Sinon je vais en enfer?

-Exact.

-Dans les flammes pis toutes?

-Oui.

-Mais chez l’être humain, il y a un risque de décès si la température du corps dépasse 41,5 °C, phénomène qu’on appelle l’hyperthermie. Donc ce lieu est physiquement inhabitable mais il existerait quand même?

-Exact.

-D’accord.

 

Avec un raisonnement scientifique de la sorte, j’éprouve beaucoup de difficulté à comprendre pourquoi les églises se vident?

C’est drôle mais même si ç’a l’air assez chill comme place, mon scepticisme me donne pas tant le goût d’y aller.

Un peu comme les magasins Bouclair.

Ç’a pas l’air nécessairement désagréable comme boutique, mais ça m’inspire juste pas.

Ou c’est peut-être parce que mon athéisme est simplement basé sur la science.

J’suis fou de même.

 

Pis dans le pire des pires si j’ai tort, vous m’enverrez dans le sauna de Satan. Wikipedia me confirme qu’en hyperthermie, je devrais perdre connaissance assez rapidement anyway.

Pour ensuite re-mourir.

Mais pour vrai cette fois-là.

 


Julien95À propos de l’auteur :
Pratiquant le défoulement littéraire depuis déjà plusieurs années, Julien aime bien analyser et comparer sa situation avec le monde extérieur pour réaliser que finalement, c’est si pire. Il en est venu à accepter le fait qu’il ne sera jamais heureux. Depuis sa tendre enfance, le film Les aventuriers du timbre perdu lui sert de guide de vie, les déceptions ne feront donc que continuer à s’abattre sur lui. Avec le temps, il a appris à faire la paix avec les gens qui ont un tatouage tribal.

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