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À chaque fois que je reçois mon billet d’avion et que je vois le numéro de mon vol, c’est toujours la même chose : j’le regarde pis je me dis qu’il est trop parfait pour ne pas passer à l’émission MayDay au Canal D.

« Vol 236 d’Air Canada. »

Dans ma tête j’entends la voix de Gaston Lepage qui le lit à voix haute pis je me dis que ça fit juste trop bien.

« Le Vol 236 d’Air Canada avait quitté l’aéroport de Montréal à 8h23 AM précisément… »

J’imagine même l’interview du gars de la tour de contrôle les yeux pleins d’eau en train d’expliquer que pourtant, cette journée-là, les conditions météorologiques étaient plus que favorables.

 

Anyway.

 

Les semaines précédant mon vol, je me la joue citoyen du monde relax. Je suis carrément dans le déni.

Les jours précédents, je commence à faire des cauchemars. Je rêve que l’avion manque de jus au décollage, qu’on pique du nez pis que j’me mets à crier aigu en position foetale avec ma propre urine qui me coule le long des mollets et qui se ramasse directement dans mes Converse.

 

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Une fois à l’aéroport, je ressens un drôle de feeling, comme si tout le monde étaient braves, inconscients ou juste en paix avec la mort.

Le même feeling que j’ai quand j’rentre au PFK.

 

La première fois que j’ai pris l’avion, ça ‘vraiment été un désastre.

J’avais volé des calmants pour les crises de panique à mon frère pis je m’étais enfilé ça avec des petites bouteilles de rhum blanc Bacardi avec un ratio alcool/boisson gazeuse digne de Claude Dubois en peine d’amour.

Selon les dires des autres passagers du Boeing, j’étais très désagréable. Je criais au pilote de faire des loopings comme Flagada Jones dans La bande à Picsou, pour finir par m’endormir en bavant sur le cover du magazine Us Weekly que j’avais emprunté à ma collègue.

De mémoire c’était l’édition qui annonçait le divorce de Jessica Simpson et Nick Lachey.

Des jours sombres.


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En plus c’était un voyage pour la job. Risquer ma vie pour un meeting dans une destination tropicale.

Mourir avec des gens que j’affectionne même pas.

 

Pis la dernière affaire que je veux c’est de me faire rassurer par des globe-trotters avertis.

« Ah ouin!! T’as déjà fait un voyage en back-pack en Amérique du Sud? Veux-tu que je te donne une médaille ou un coup dans gorge? »

 

Eux autres y vont tout le temps te sortir le fameux :

« Oui mais t’as plus de chances d’avoir un accident en voiture qu’en avion. »

 

Ok. Pis admettons qu’on analyse ça.

Sur Décarie à 78 km/h, si je pogne un accident, je peux juste me blesser, de là l’utilisation du mot « ACCIDENT », et non pas « DÉCÈS ».

Versus à 35 000 pieds au-dessus de l’Atlantique à 950 km/h, la fausse manœuvre ou le problème mécanique est un tantinet plus fatal.

C’est comme comparer Brigitte Boisjoli à Adele. Oui c’est deux chanteuses, mais attendez deux p’tites secondes… on vient de me dire à l’oreille que ça aussi, c’est une comparaison extrêmement boiteuse.

 

Il y a quelques années, j’avais comme voisins un petit couple qui s’occupaient de l’entretien des avions pour Air Canada. Les inspecter quand ils atterrissent pour s’assurer qu’ils sont en ordre avant de re-décoller.

Je me suis dit : « EURÊKA! » (Ça faisait longtemps que je voulais plugger ce mot-là.)

Je vais aller me réconforter sur mon inquiétude de l’aviation civile auprès de ces joyeux camarades qui m’entendent écouter du porn depuis deux ans dû à un manque d’insonorisation flagrant.

 

J’leur dis tout bonnement : « Ça doit être long à vérifier, j’ai vu un reportage là-dessus pis y passaient des micro-caméras dans tous les petits recoins de l’appareil pour s’assurer que l’avion est A-1, mais tsé, quand c’est une question sécurité, on niaise pas avec ça! »

Dans une symbiose plus que parfaite, ils ont éclaté de rire en se tapant sur les cuisses comme si je leur annonçais qu’ils venaient d’être piégés à l’émission Les Gags de Juste pour Rire.

Le policier en chaps de cuir avec les fesses à l’air en moins. 

« Ben non Julien, t’es ben cute! Ça c’est le gros check-up qu’on fait très rarement, entre les vols on fait juste une inspection visuelle! »

 

En voulant aller chercher du réconfort, j’en suis ressorti encore plus détruit.

Le même feeling que j’ai quand j’sors du PFK.

 

Et à chaque vol de retour, quand l’avion est en montée, c’est la même affaire.

J’me dis toujours : « Ok. Fuck that! Si je survis j’embarque pu jamais là-dedans! À partir de maintenant je fais juste des road-trips. »

Pis même si je prenais la décision de ne plus voyager, on dirait que toutes les filles que je rencontre ont toujours les trois mêmes passions :

Les pugs, le yoga chaud pis VOYAGER.

 

Tout ça pour dire que je la reprends pareil parce que je sais très bien qu’une peur, une phobie, c’est très loin d’être rationnel.

C’est quelque chose qui te joue dans la tête mais qui est surmontable, ou du moins atténuable.

Même si cela nécessite de prendre des médicaments de prescription volés combinés à des spiritueux bas de gamme.

 

Y’en a que c’est autre chose. Moi c’est l’avion.

 

J’trippe pas tant sur l’eau non plus. Ni sur les hauteurs. Pis ni sur les grosses foules.

 

Donc à défaut de t’avoir diverti, ce texte m’aura finalement permis de constater que je suis une vraie fillette.

 

Sur ce, je vais retourner jouer au ballon-poire avec ma best.

 

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Julien95À propos de l’auteur :
Pratiquant le défoulement littéraire depuis déjà plusieurs années, Julien aime bien analyser et comparer sa situation avec le monde extérieur pour réaliser que finalement, c’est si pire. Il en est venu à accepter le fait qu’il ne sera jamais heureux. Depuis sa tendre enfance, le film Les aventuriers du timbre perdu lui sert de guide de vie, les déceptions ne feront donc que continuer à s’abattre sur lui. Avec le temps, il a appris à faire la paix avec les gens qui ont un tatouage tribal.

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