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Lors d’une nuit de ma tendre enfance (fait longtemps, j’avais même des cheveux à ce moment-là) je me suis réveillé et j’avais une araignée dans la face.

Pas une grosse, juste une araignée.

Mais à ce moment-là je n’étais pas en état pour relativiser le problème. Ma fatigue, combinée à mon effroi et à mon «WTF!!!???», empêchait mon cerveau de fonctionner convenablement (chose que j’ai déjà de la misère à faire anyways).

 

D’un geste brusque et saccadé j’ai envoyé l’araignée valser dans le coin de ma chambre.

Je sentais mon cœur battre la chamade dans mes tempes. Je tentais de reprendre mon souffle et mon calme, mais je n’y arrivais pas.

La peur continuait de tétaniser mon corps comme un enfant devant une mascotte ou ma blonde devant un clown.

 

La peur que cette araignée n’était pas morte et qu’elle allait, par tous les moyens mis à sa disposition (mandibule et toile qui sort du cul) se venger.

 

Je me suis levé d’un bon, j’ai ouvert la lumière et je suis parti en mission.

J’étais Terminator et l’araignée était le T-1000 (ça, c’est le méchant dans Terminator pour ceux qui ont une vie).

 

Pendant des heures j’ai cherché mon Némésis.

Mon cerveau, nourri par la torpeur, faisait fit de tout raisonnement. Cette peur envahissait ma tête, mon cœur et mon âme. Elle faisait crisper mes muscles, battre mes pupilles et sécher ma bouche.

 

Elle bloquait ma vie de tout ce qui était bien et beau.

L’araignée.

C’est tout ce que je voulais atteindre.

Je voulais la chasser, l’anéantir, avec une bombe nucléaire, s’il le fallait. Même si en réalité, un mouchoir aurait suffi, elle était grosse comme l’ongle de mon pouce. Peu importe, je voulais être certain de ne pas la manquer.

Je voulais l’éradiquer de la surface de la Terre.

J’étais sur le point d’aller chercher mes amis dans le voisinage pour former une coalition.

 

«VOUS ÊTES AVEC MOI, OU CONTRE MOI!»

 

L’échec de cette mission n’était pas une option, car désormais, je n’avais pas d’autre but dans la vie.

Comme si après avoir trouvé cet arachnide, tous mes démons, mes travers et mes doutes allaient disparaître.

 

Après plusieurs minutes de recherche et quelques coups dans le mur suivis de « VA DONC TE COUCHER CIBOUÈRE », j’ai abdiqué.

 

J’ai hissé mon drapeau blanc, j’ai signé armistice, j’ai levé les pavillons.

Si j’ai échoué dans ma mission ce n’est pas par manque de persévérance, ou de bonne volonté.

C’est par excès de peur.

Si j’avais pris le temps de réfléchir, et de me parler un peu, j’aurais sûrement compris que cet exercice était exagéré, voire même un brin ridicule.

 

Mais la peur ne joue pas dans la dentelle.

Elle nous reclus dans nos bastions les plus sales. La peur a cette force de nous pousser un peu plus loin, mais sans nous prévenir des conséquences. La peur est une génératrice qui fonctionne au poison. Elle nous donne de l’énergie en échange d’émanation toxique.

 

Elle est là, bien cachée au fond de nos petits cerveaux.

Entassée dans notre petite tête derrière les souvenirs d’enfance, les courriels de nos ex et les recettes de Ricardo.

Enfouie tellement profondément qu’on finit même par l’oublier. Comme une casserole sur le feu qui ne demande qu’à propager sa gloire.

 

J’ai vu l’homme que je peux devenir lorsque je suis envenimé par la peur.

Et aujourd’hui quand je m’endors, je n’ai plus peur des araignées, j’ai simplement peur d’être effrayé.

 


sdelisle95À propos de l’auteur:
Simon Delisle est le roi de l’autodérision. Humoriste, auteur et animateur chevronné, il a ce talent de toujours s’adapter à un contexte et son public / lecteur. Son irrésistible sens de la répartie et ses histoires hilarantes sauront vous conquérir!

 

 

Photo : Martin Cooper Ipswich

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