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Là là Lisa, faut qu’on se jase.

Tu permets que je t’appelle Lisa?

Ouin apparemment tu préfères le terme « Sophie Lambert » mais je trouve que Lisa, ça te va mieux.

 

Bon là là Lisa, tu me rends pas la tâche facile.

Parce qu’à l’approche des partys de Noël de famille, ton documentaire sur les jeunes de ma génération prend des airs de film d’horreur pour baby boomer.

Pis moi, ça me tente pas de me faire demander autour d’une dinde si j’ai déjà eu la chlamydia.

« Ben quoi! Vous l’avez toute eue vous autres, les jeunes! Ça doit pu être gênant. »

 

Lisa, tu as été infantilisante alors à moi de t’infantiliser.

 

J’en ai ras le chignon d’entendre parler de « ma génération » comme si le cinéma violent et la porn nous avaient détruit l’âme à grands coups de streaming HD.

Comme si on comprenait rien des contacts humains parce qu’on a perpétuellement les pupilles hypnotisées par des écrans.

Lisa, je ne prendrai pas la peine d’énumérer les erreurs journalistiques que tu as faites. Entre les liens boboches et les questions dirigées, tu ne m’apparais pas comme quelqu’un avec une démarche, mais comme une matante effrayée qui se demande si Google va voler son identité.

 

Lisa, moé pis mes deux cours et demi de journalisme, on a des p’tites réserves par rapport à ton échantillonnage.

Tu as sélectionné pour ton documentaire 4 personnes qui ont une utilisation identique des réseaux sociaux. À peu de nuances près.

 

Sandrine : la fille qui travaille en promotion d’événement et qui fait son argent avec son physique.

Stevo : la vedette Instagram dont chaque abdo a une valeur d’au moins 20 000 likes.

Et Stef : l’ancien petit gros maintenant devenu un douchebag level 18.

Sans parler de Gabrielle : la fille-mère-sans-père ayant eu plus d’une centaine d’amants pour qu’on apprenne en deuxième partie qu’elle est nymphomane…

 

Criss c’est pas générationnel, la nymphomanie!

Ben oui, une nymphomane avec Tinder ça tombe enceinte.

Donne un outil contondant à un singe pis il va t’ouvrir une noix de coco.

 

Mais ça, c’est pas important.

Ce qui est important c’est que : je coucherais avec Stef.

(Nenon c’est pas ça que je voulais dire (mais oui un peu).)

 

Ce n’est pas un échantillon type, c’est pratiquement le même spécimen. Et rien ne t’a mis la puce à l’oreille, hm?

Un indice, mettons? Ils sont tous rasés et ils ont tous eu la chlamydia.

Conclusion tirée par Lisa : « les jeunes ont tous eu la chlamydia » plutôt que « tiens donc mon échantillonnage est très étroit puisque le taux de jeunes ayant contracté la chlamydia est d’environ 28% selon Statistique Canada ».

 

Bravo.

C’est sûr que ça devait être ben plate, de filmer Timothé à qui il arrivait pas grand chose. Mais sa réalité à lui est un copier-coller plus fréquent.

 

Quatre personnes obsédées par leur image.

« Belle jeunesse ».

Comme si 2015 avait inventé le culte de la beauté.

On en rejasera aux madames du Moyen Âge qui se mettaient du mercure dans la face pour avoir la peau plus blanche en se tuant lentement.

 

Le culte obsessif de la beauté, c’est humain.

À c’t’heure dote les humains d’un appareil avec une caméra 8 pixels pis des filtres en masse pis c’est ça que ça donne.

 

*** Désamorce qui s’adresse aux adultes craintifs alertés par le documentaire de type magazine 7 Jours : Capotez pas, les réseaux sociaux sont juste le reflet de notre utilisation. ***

 

Point barre.

Les réseaux sociaux sont de la pâte à modeler.

 

Comment tu t’adresses aux gens. Ce que tu partages. Ce que tu écris. Les photos que tu mets. Les statuts que tu likes. C’est l’utilisation que toi tu décides d’en faire.

 

Si tu décides de promouvoir ton physique, fine.

Mais c’est qu’à quelque part, l’axe de rotation de tes valeurs est selfie-centrique.

 

Personne n’est victime de ses likes. 

 

Le numérique est un outil. Si tu veux swiper right tout ce qui selfise, tu peux.

 

Mais si t’es pas une personne comme ça, tu le fais juste pas.

Si tu veux pas, y’a personne qui va te mettre de la pression sociale dans le fond de la gorge.

Et c’est cette phrase expressément sexuellement construite qui m’amène au point suivant :

L’éclatement sexuel nous donne accès à toutes sortes de modes de vie oui, mais rendu là chacun fait des choix.

Genre je sais qu’il y a de la porn weird sur internet, j’ai pas nécessairement envie d’aller la voir. Mais si je veux, je peux.

 

Les réseaux sociaux sont comme tu les construis.

J’ai des amis à moi qui s’en sont servis pour trouver l’amour. Ils sont en couple depuis 6 ans et ils se tricotent un parfait petit bonheur à deux.

D’autres s’en servent pour faire tougher leur couple à distance, en attendant de se retrouver sur le même continent.

Ils sont où eux autres, dans ton documentaire?

 

La Roumaine expatriée qui a connu la misère pour finalement mettre au monde le roi des douchebags a raison : on vit dans un contexte unique.

 

Éclatement des castes. Pied de nez à l’homophobie. Couples ouverts. Divorces. Transgenres.

Sociétairement, nous sommes de plus en plus ouverts et portés vers l’inclusion (y’a des luttes à finir mais somme toute, c’est de mieux en mieux). Déjà dans un tel contexte, c’est normal de prendre le temps de magasiner, de se demander ce qu’on aime, ce qui nous convient.

 

En parallèle, la technologie n’a jamais été aussi développée.

Rappelons-nous que ça a pris un mois avant que la nouvelle de la mort de Lincoln fasse le tour du monde. JFK, un jour. À c’t’heure ils seraient pas encore morts qu’il y aurait une vague de memes sur Twitter.

Donc dans cet univers de connexion, c’est normal de se sentir perdu. Même essoufflé (non cette fois-ci ce n’était pas une image sexuelle).

 

Les jeunes grandissent et évoluent avec les réseaux sociaux. Mais aussi les médias évoluent autour des jeunes, autour de l’utilisation qu’ils en font. On grandit à travers tout ça par essai-erreur.

T’sais, c’est en te faisant niaiser à l’école que t’as appris que ça faisait bébé, envoyer un Wizz? Ben t’apprends par essai-erreur que liker quelqu’un sur Tinder à 2h du matin ça veut dire DTF.

 

Les réseaux sociaux, c’est juste des codes de plus.

C’est tout. Laisse jeunesse se faire et jeunesse se fera.

Pis un beau matin jeunesse deviendra grande et se casera.

 

Mais j’te l’accorde Lisa, le réalisme n’aurait pas fait un documentaire très sexy.

Fake tu l’as maquillé, ton documentaire. Tu lui as mis des faux cils, une brassière padée, pis après avoir pris 8394265028376523659 selfies, t’as choisi la bonne pis tu y as mis un filtre.

Elle est ben plus sexy de même, la nouvelle génération.

 

C’est pas une génération, c’est un portrait.

4 personnes qui utilisent les réseaux sociaux de la même façon.

4 fois la même facette d’une médaille cubique.

Le problème, c’est qu’il faut faire la distinction entre génération et généralisation.

Le problème, Lisa, c’est que tu t’es prise pour une autre.

 


Catherine95À propos de l’auteure :
Catherine Thomas. Tite-Jo connaissante notoire. Auteure drôle, paléontologue aguerrie et collectionneuse d’histoires. Elle n’aime pas le Nutella et le bacon alors oui, vous pouvez la mépriser. Mais méprisez-la pas trop parce qu’elle a aussi un match de 94% avec Yoda sur Lovecalculator.

 

Photo : Télé-Québec

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