3176885291_dd531a44d3_z

Il n’existe aucun sentiment similaire à la béatitude ressentie lors de la rentrée scolaire du mois d’août quand t’es un gros nerd.

 

Rien qu’à écrire ces mots, un nœud de bonheur se forme dans mon estomac. Je pense à tous les crayolas qui ne demandent qu’à être identifiés de mes initiales, à l’odeur du Bureau en Gros, aux oreilles des duo-tangs encore intactes…

Je suis un peu comme Rory Gilmore quand il est question d’école.

 

Chaque automne, depuis 1998, je sors mes souliers neufs de leur boite avec anticipation, je me prépare un outfit « casual mais vraiment cool en même temps » deux semaines avant la rentrée et je cours comme un démené m’assoir sur les bancs d’écoles dès que possible parce que c’est comme ça que ça marche.

On va à l’école, on va encore à l’école, on va à l’école encore un peu et un moment donné, ben on gradue et on assume ses responsabilités d’adulte.

 

C’est le seul cheminement que j’ai toujours eu en tête et je l’ai jamais remis en question. Mes amis qui prenaient une session off ou une année sabbatique auraient tout aussi bien pu être des extraterrestres avec des têtes de cheval que je les aurais regardés avec le même air perplexe.

Ils me racontaient leur parcours académiques interminables et je faisais juste penser aux histoires d’horreur racontées par les figures d’autorité de mon entourage à ce sujet-là dont le scénario fataliste ressemblait un peu à ceci :

 

L’HISTOIRE DE LA FILLE DE CAROLE

« La fille de Carole à ma job a pris une année sabbatique un moment donné. Elle est partie su’le pouce en Colombie-Britannique pour se trouver elle-même en cueillant des fraises… ou du pot… ou de l’hérococaïne je pense… En tout cas, elle est revenue 8 mois plus tard complètement métamorphosée avec des dreadlocks pis des hammer pants. C’était rendu qu’elle faisait plein de drogues, qu’elle était pickpocket pis elle a fini dans rue pis EST MORTE ».

 

L’histoire d’horreur de la fille de Carole m’a toujours gardé sur le droit chemin : j’allais à l’école coûte que coûte et, de toute façon, j’adorais ça l’école donc aucune remise en question ne venait me titiller le quotidien. Mes questionnements journaliers se limitaient à « J’achète tu une Delissio 4-fromages ou une Delissio Pepperoni ce soir?» et je faisais mes nuits comme un grand.

Jusqu’à ce que je ne les fasse plus.

 

Pendant la deuxième moitié de mon bac, j’ai arrêté de trouver ça drôle de me lever le matin. Pas parce que c’était dur, mais parce que j’ai arrêté d’aimer ce que je faisais.

Je continuais à aller à l’école parce que c’était la bonne chose à faire, mais mon nœud d’excitation à l’idée du Bureau en Gros avait disparu.

Mes questionnements du soir ont arrêté de se limiter à mon choix de pizza congelée et j’ai recommencé à penser aux mauvais choix de la fille de Carole.

 

Est-ce qu’elle était vraiment une paresseuse hérococaïnomane qui a choisi une vie de vices ou est-ce qu’elle était juste la version vraiment pas d’allure d’une fille qui a décidé que la « bonne chose » à faire était pas pour elle?

Et si je décidais de décevoir la société au grand complet en m’arrêtant une seconde pour m’assurer égoïstement de ce que je voulais faire du reste de ma vie, est-ce que j’allais inévitablement devenir un déchet humain et perdre l’amour de tous mes proches?

 

Non. De toute évidence.

Et honnêtement, c’est quoi le choix le plus stupide entre aveuglément poursuivre un truc qui a arrêté de nous allumer ou mettre un terme à des dépenses et du temps perdus?

La fille à Carole était peut-être une maudite folle, mais continuer à faire « la bonne chose » alors qu’on s’y sent aussi de travers est encore plus fou.

 

J’ai donc fait comme dans le film Eat, Pray, Love et j’ai garroché ma vie de bouette aux poubelles pour partir en Thaïlande pogner des infections urinaires et faire l’amour à Javier Bardem.

Fin.

 

 

Ok je niaise.
Je suis pas Julia Roberts.

Ce que j’ai fait par contre, c’est me sortir de l’engrenage du système d’éducation pour la première fois en 17 ans et me demander si PAR HASARD, les décisions que j’ai prises quant à mon choix de carrière lorsque j’étais encore mineur étaient les bonnes pour moi.

 

COUP DE THÉÂTRE : non.

Et ç’a l’air easy breezy dit comme ça, mais ne pas retourner à l’école et mettre un terme à un parcours jusque-là sans pause-pipi ou anicroche a été la décision la plus dure à prendre de ma vie.

Les histoires de filles de Carole devraient pas servir à ça.

 

Ayons un peu de respect pour les filles imaginaires qui ont overdosé sur l’hérococaïne et ne laissons pas le cheminement type de l’étudiant modèle nous empêcher d’apprécier nos visites au Bureau en Gros.

 

On my way to slay dans une carrière plus appropriée,

XOXO

 

Rory Gilmore

 


Jean_Fre95À propos de l’auteur :
Jean est l’abeille la plus sassy de la Beyhive. Entre deux articles du Code civil, il aime bien se relaxer avec un vieux Archie fripé et du Crush au raisin. Ses rêves les plus tangibles sont d’ouvrir un Bed&Breakfast pour chiens ou d’être sélectionné dans l’équipe d’Isabelle à La Voix. En attendant d’y arriver, tu peux le trouver chez lui. Il est en train de développer une plaie de lit en apprenant toutes les répliques de Mean Girls par coeur. So Fetch.

Crédit photo: Rupert Ganzer

D'autres beaux textes à lire aussi...