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Quand j’étais en cinquième année je m’étais monté un business de contrebande de bonbons.

Comme les sucreries étaient interdites sur le terrain de l’école, j’allais en acheter au dépanneur le soir avec mon argent de poche et je les revendais avec une marge de profit de 200% à la récré du midi.

Fouillez-moi pourquoi, ça fonctionnait.

J’étais comme Walter White, si Walter White avait été une petite fille de 10 ans un peu tomboy avec une coupe de cheveux de marde.

 

Ç’aurait pu être le début d’une vie de crime et de débauche. Sauf que je venais d’une famille de classe moyenne et que j’habitais à Mont-Tremblant.

Zéro crédibilité au sein des milieux criminels. (En fait, Mont-Tremblant se classe parmi les hauts lieux de la criminalité au Québec. Comme Saint-Jérôme, mais en vraiment moins laid.)

 

La chose la plus badass que j’aie faite au secondaire, ça a dû être de fumer du pot dans les toilettes de l’école.

Je me rappelle plus trop pourquoi on avait décidé, une amie et moi, que c’était une bonne idée. Il devait faire froid dehors et en ados larves inutiles qu’on était, on devait pas avoir envie de marcher jusque dans le bois pour aller fumer.

Ou on était juste connes.

Un des deux.

Bref, évidemment on s’est fait pogner. Une fille nous a « stoolé » au directeur (probablement parce qu’elle était jalouse de pas avoir eu cette idée brillante avant nous), mais vu que ledit directeur était un ami de mes parents, il n’a ABSOLUMENT RIEN FAIT.

Même si j’avais voulu entrer dans la prestigieuse caste des délinquants juvéniles, je pouvais pas.

J’étais crimeblocked par les contacts de mes parents et le manque de zèle de mon directeur.

 

J’ai donc essayé le vol à l’étalage, mais c’était comme pas naturel.

En grande anxieuse que je suis, ça me mettait à chaque fois dans un état proche de la crise cardiaque.

Certaines de mes amies étaient des naturelles. Elles avaient le crime dans le sang.

Elles étaient comme Jacques Mesrine, si Jacques Mesrine avait fait carrière en volant du papier à lettres qui sent bon, des produits de beauté cheap et des Sidekicks carbonara crémeuses au bacon (pas de jugement, mes parents étaient grano, c’était pour moi l’équivalent d’une dose de crystal meth).

 

Puis je me suis fait pogner. Et j’ai plus jamais recommencé. Parce que je suis badass de même.

 

J’ai même arrêté de fumer du pot à 14 ans parce que ça me donnait des palpitations.

Et je peux compter sur les doigts d’une seule main le nombre de fois où j’ai touché aux drogues dures.

Pour une fille qui travaille en cinéma, c’est risible. Genre je suis pas mal certaine que je pourrais perdre mon statut de membre l’AQTIS s’ils apprenaient que je suis aussi clean.

 

C’est comme si mon corps rejette le crime.

Il veut pas être bad. Peu importe à quel point j’aimerais quand même ça l’être. Juste un peu. Pas bad du genre Luka Rocco Magnotta pshycho killer shit. Mais bad genre Joan Jett, ou cette madame-là :

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Mais être bad, en plus d’être dans l’attitude, ça implique une saine dose de désobéissance civile. Sinon t’es juste l’incarnation d’un personnage de Watatatow.

 

En hédoniste quand même plus dans le coin des utilitaristes que je suis, je réfléchis beaucoup trop aux conséquences de mes actes, ce qui rend la perspective d’enfreindre la loi très peu attrayante.

Genre je vois les sorties des FEMEN et je me dis : « Ayoye elles sont cool elles, moi aussi je veux faire ça ! »

Pis après je me dis que je pourrais pas aller en prison les seins nus parce que je suis vraiment très frileuse.

 

Et même si je veux m’acheter une moto, je sais que je dépasserai sans doute pas les limites de vitesse avec.

Parce que quand même, c’est dangereux. Un accident est si vite arrivé.

 

Et quand je suis tannée de payer mon auto, mes assurances, mes plaques, mon loyer, mes impôts et mes cotisations syndicales, et que je me dis que je devrais rejeter le capitalisme et vivre en marge de la société comme les punks à chiens, je me rappelle que je déteste les chiens et que je pourrais jamais vivre dans un squat, vu comme je feel mal juste quand un des coussins décoratifs sur mon lit est placé un peu croche.

 

Je suis coincée.

Coincée dans ma « non badassitude ».

 

Ma récente action la plus anarchiste, ça a été de voter pour le Parti marxiste-léniniste aux dernières élections.

Genre fuck the establishment, anarchy in the Canada, maintenant je vais retourner chez H&M acheter des centaines de dollars de vêtements cheap fabriqués par des enfants au Bangladesh pour habiller du monde dans une publicité « low budget » pour une multinationale.

Badass.

 

Mais il y a de cela quelques semaines, j’ai eu l’occasion de m’immiscer dans ce monde qui n’est pas tant le mien.

J’ai eu un match sur Tinder avec un gars qui, si on se fiait à sa photo, semblait soit consommer régulièrement de l’héroïne, soit ne pas avoir dormi depuis les Jeux olympiques de Londres (ceux en 1948).

Mais il était cute, et il voulait qu’on se voie.

J’avais une semaine tranquille et je me suis dit « why not ? » Pour le thrill.

En plus il écrivait pour VICE. ÇA, c’est bad.

 

Il a commencé par me proposer qu’on se retrouve dans le parc Lafontaine. À 21 :00. Un soir froid et noir d’automne.

Red alert.

Je lui ai demandé de me promettre de ne pas me tuer pour ensuite jeter mon corps dans l’étang.

Sa réponse : « I can’t promise you this Iris. »

Premièrement, les gens qui utilisent mon prénom en me parlant, je trouve ça FUCKING CREEP (une amie m’avait avertie que les gars de Vancouver sont TOUS creep).

Deuxièmement, quand tu proposes à une fille une première date dans un parc dans le noir, fais au moins semblant que t’es pas un dangereux psychopathe.

 

Ben crée-moi, crée-moi pas, je suis allée pareil.

Mais j’ai exigé qu’on se rencontre dans un bar, en public.

Il était beau, il sentait bon, il avait de la conversation et on avait des intérêts en commun.

Mais aussi après trois secondes j’ai vu qu’il était « sua poud », comme on dit.

Quelque chose était très off.

Je savais pas si c’était parce qu’à cause de sa photo, je m’étais mis dans la tête qu’il était héroïnomane, ou parce qu’il avait pas une cenne pour me payer un verre, malgré le fait qu’il avait une bonne job. Ou parce qu’en stalkant son Facebook j’avais vu qu’il nourrissait une passion pour le vol à l’étalage et l’exhibitionnisme.

En tout cas, tout convergeait vers mon hypothèse de départ. Le gars était tout à fait gentil, mais quelque chose en dedans de moi se sentait pas safe. Genre je savais pas s’il était sweet, ou s’il était juste sur le point de s’enfuir avec ma sacoche en riant d’un rire démoniaque.

J’étais pas sûre d’aimer ça.

 

Inutile de dire qu’il s’est rien passé. Il m’a réécrit quelques jours plus tard pour me souhaiter « Happy Thanksgiving ».

Sweet, mais ça ne sera pas possible. Je vais rester dans ma vie plate de personne à peu près normale, merci.

 

Maintenant, mon plan c’est de devenir bad quand je serai vraiment vieille ou si j’apprends que je suis atteinte d’une maladie incurable et que j’ai juste quelques mois à vivre.

Dans mon livre à moi, c’est là que le YOLO devrait atteindre son paroxysme.

Je dépenserai ma pension dans des male prostitutes et je mourrai d’une overdose dans une chambre au Ritz.

 

Ça c’est si j’ai pas d’enfants. Si j’en ai je détruirai cet article et j’irai chez Reitmans m’acheter des cardigans.

Fuck yeah !

 

P.S. Je sais absolument pas si le gars avec qui je suis allée dans une date est vraiment héroïnomane. Ni s’il avait vraiment consommé ce soir-là. Je ne veux pas faire de diffamation. Si ça se trouve il avait juste le rhume et il a jamais touché à de la drogue de sa vie. Mais j’en doute fort. Mais ça se peut aussi (clin d’œil).

 


11759579_10152841431120378_1464747468_nÀ propos de l’auteure :
Iris a quitté le ghetto sur-privilégié de Tremblant quand son rêve de vivre de son groupe de punk féminin s’est éteint. Maintenant costumière, on pense que sa job est glamour, mais ses principales tâches sont de sentir les aisselles de chemises des comédiens, manger dans son char et s’engueuler avec les caissières chez La Baie. Elle apprécie le tricot, le whisky et faire des blagues vulgaires à des inconnus. Incapable de mentir, ne lui demandez jamais si votre pantalon vous fait un gros cul, surtout si vous avez un gros cul.

Photo : Joan Jett

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