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Je l’ai déjà dit dans un billet précédent. Je suis anxieux.

Je n’ai pas honte d’être anxieux, mais il y a une partie de moi qui n’aime pas en parler, parce qu’on s’imagine souvent que les gens qui ont des troubles anxieux, c’est des gens qui stressent pour rien.

C’est vrai et pas en même temps. Parce que quand je fais une crise d’anxiété, je sais que mes pensées n’ont aucun sens.

Ce n’est pas que je m’imagine que les choses sont pires qu’elles le sont. C’est que je ne suis pas capable de passer le message à mon cerveau.

 

Et surtout, j’ai peur de mon cerveau.

Je m’explique.

 

Ça a commencé quand j’avais 14 ans. J’étais sur un camp d’été.

On était dehors au soleil, on attendait de rentrer à l’intérieur.

Rien de bien stressant.

Mais brusquement, ma bouche s’est remplie de salive, ma poitrine s’est mise à serrer, je respirais mal, je pensais que j’allais m’étouffer avec ma propre salive, et mourir, là, dans un stationnement d’école.

Mais surtout, j’avais envie de pleurer.

 

Sur le coup, je me suis dit que j’étais sûrement juste malade.

J’avais juste 14 ans, je pouvais pas connaître toutes les maladies encore. Ça devait être une maladie que j’avais jamais attrapée, le genre de maladie plus dure à attraper qu’un Abra.

Sauf que je savais que ce n’était pas ça. Parce qu’être malade, ça ne te donne pas envie de pleurer comme ça. Tu peux avoir des quintes de toux spontanées, mais pas des terreurs spontanées.

Et c’est ce que j’avais été. Profondément horrifié.

 

Alors j’ai mis ça sur le dos de l’ennui.

Je n’étais pas fier, c’était pas cool pour un gars de 14 ans, mais sûrement que je m’ennuyais de mes parents et de mon chez-moi.

Mon camp était à 350 km de chez moi après tout, pourquoi pas. Quand je reviendrais, tout irait mieux.

 

Et je suis retourné chez moi, et tout allait mieux.

Le lendemain de mon retour, j’ai pris mon vélo et je suis allé à la librairie acheter le dernier Harry Potter (Harry Potter et le prince de sang-mêlé, aka Harry aurait dû faire comme d’habitude pis pas faire ses lectures).

Mais j’ai pas pédalé assez vite, parce que l’angoisse m’a rattrapé. Je suis retourné chez moi à toute vitesse, terrifié. J’étais chez moi, ça aurait dû arrêter. Mais c’était revenu.

C’était clair pour moi. Je me sentirais comme ça à jamais. Parce qu’à partir de là je me suis mis à vivre avec la crainte constante de voir la bête me prendre par surprise dans ma vie de tous les jours. Et c’était les cris de terreur de mon cerveau qui la faisaient resurgir à coup sûr, comme le sang d’une blessure attire un requin.

 

J’ai consulté un travailleur social. Il m’a dit que je faisais probablement des crises d’angoisse.

Ça a été difficile, mais j’ai recommencé à aller à l’école.

Petit à petit, j’ai arrêté d’avoir peur constamment. J’avais réussi à devancer cette foutue angoisse.

 

Fast-Forward l’été de mes 19 ans. Le dernier été avant de déménager de chez moi pour aller à l’université à Québec. À… 350 kilomètres.

Je suis à un spectacle de musique avec des amis, c’est relax, on prend une bière. Le spectacle finit, on décide d’aller louer un film. Ironiquement, le club vidéo est en face de cette même librairie où l’angoisse m’avait rattrapé 6 ans auparavant.

Elle doit chiller dans ce quartier-là, parce qu’elle revient. De plein fouet.

Je l’avais presque oubliée, mais elle non.

 

Elle me mord les entrailles, j’ai mal au ventre, je respire mal.

Et encore une fois, j’ai envie de pleurer. Parce que j’ai honte de paniquer ainsi devant mes amis. Honte de ne pas avoir le contrôle de mes émotions. Et j’ai peur. Tellement peur. Peur que ça ne s’arrête jamais. Jamais je ne pourrai faire quoi que ce soit en me sentant de même.

Je ne pourrai pas étudier, travailler, pas en étant paniqué comme ça. Ma vie est finie.

 

J’ai remis le déménagement à plus tard.

Je suis resté à Rimouski, et j’ai consulté une psychologue. Et là elle m’a appris beaucoup de choses.

Je souffrais en effet des troubles anxieux. J’apprendrais plus tard que je souffrais de plusieurs formes différentes. Un peu de trouble généralisé, beaucoup de trouble panique, un peu d’agoraphobie, un peu de trouble obsessionnel compulsif, à cause de ces pensées qui tournent et tournent sans cesse sans que je ne puisse interrompre leur flot.

Alors ça a été une année intense de travail sur moi. À vivre constamment avec l’ombre de l’angoisse qui me talonnait.

 

Puis un soir un truc merveilleux est arrivé.

Je jouais à un jeu vidéo, et j’ai réalisé que ça devait faire au moins 1h30 que je n’avais pas senti cette terreur au fond de mon ventre.

Dès que j’ai pensé à elle, je l’ai vue revenir au pas de course. Mais j’avais moins peur. Parce que je savais qu’elle ne serait pas toujours là.

Je venais de passer un moment sans elle. Il y en aurait d’autres.

 

Quand j’ai fini par déménager à Québec, pour suivre mon plan initial qui était d’y étudier les sciences politiques, j’étais finalement prêt.

Et j’ai vécu la plus belle année de ma vie. Une année marquée par les découvertes, la découverte de la liberté, d’un nouvel environnement, d’une nouvelle vie. Des nouveautés auxquelles j’étais prêt à faire face parce que j’avais appris à faire face à ma peur.

 

J’aimerais que cette histoire finisse par «il n’eût plus jamais peur et fut heureux à jamais».

Ce n’est pas exactement ça.

L’anxiété, elle est revenue, puis repartie, puis revenue. Mais maintenant je la comprends mieux, et je peux y faire face.

Comme par exemple, aujourd’hui, où j’étais particulièrement anxieux des nombreux défis auxquels je dois faire face ces jours-ci.

J’ai pris mon clavier (et le reste de l’ordinateur tant qu’à y être, parce que sinon ça ne sert pas à grand chose) et couché ces mots.

Et l’angoisse s’est éloignée.

 


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À propos de l’auteur :
Pier-Luc n’a pas l’air de ce qu’il est vraiment. Il donne l’impression d’un gars jovial et calme. Il est toujours en criss et crissement angoissé. Les gens pensent qu’il est un garçon poli, aussi. Dans ses temps libres, il s’intéresse à la politique, à la lutte professionnelle et à Pokémon. Faut pas chercher à comprendre.

 

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