Il y a 5 mois, je travaillais sur un quand même pas pire gros film américain. Je faisais beaucoup d’heures. J’étais pas loin du burn out, comme d’habitude. Je passais mes journées à magasiner. J’achetais des boxers rembourrés pour que personne sache que Kevin Spacey a le cul un peu trop plat pour les goûts d’Hollywood. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes.

 

Et là tu te dis : « C’est ben glamour cette histoire-là ! » Ben watch out parce que c’est sur le bord de le devenir beaucoup moins.

 

Comme je l’ai dit plus haut, je travaillais beaucoup. Mon corps était en mode auto-pilot, mais j’avais comme une douleur persistante dans le bas ventre. Des crampes de fille (lire MENSTRUELLES) plus persistantes qu’à l’habitude, qui s’étaient ensuite changées en un gonflement suspicieux qui me forçait à m’habiller en mou en permanence. J’aimais pas ça mais je me disais « ça va passer », pas le temps d’aller chez le médecin. Pas le temps de niaiser. Faut dire qu’en cinéma c’est pas comme si les gens se sentaient à l’aise d’être malade. Personne le dit mais on a pas tant le droit de l’être. Ou en tout cas faut pas que ça paraisse. Parce que QUI VA ACHETER LES BOXERS DE KEVIN SI JE SUIS PAS LÀ DEMAIN ??? Tout le monde va savoir qu’il a le cul plat et il ne retravaillera plus jamais de sa vie. Et moi non plus. Voilà.

 

Sauf que là, après un genre de trois semaines, ça faisait quand même pas pire mal alors après ma journée de travail, je me suis dit que j’irais faire un tour à l’urgence au cas où je serais en train d’accoucher d’un bébé extra-terrestre.

 

Le jeune infirmier blasé au triage m’a appuyé sur l’utérus en me demandant si ça faisait mal. J’ai dit « oui, ESTI ». Ils m’ont mis dans un lit dans le corridor et j’y ai passé la nuit pour me faire dire vers 6h du matin, par un médecin TRÈS sûr de lui, que j’avais juste besoin de me vider les intestins.

 

Tu le sens tu là que ça s’en vient moins glamour ?

 

Ledit médecin fraichier m’a donné deux choix. Il m’a dit : « Soit tu retournes chez toi avec un liquide à boire et tu passes l’avant-midi à penser à moi, soit on te fait un lavement ici et dans 30 minutes t’es top shape ». J’ai répondu « Go pour le lavement, je travaille dans deux heures ».

 

En plus j’avais jamais eu ça un lavement. Ce serait comme une séance d’hydrothérapie au spa mais en gratuit. Mes impôts allaient enfin servir à quelque chose.

 

GROSSE ERREUR. C’était comme aller au spa, sauf que j’étais dans un corridor d’hôpital, qu’il n’y avait pas de musique new age et que je suppliais la mort de venir me prendre. Je te passe les détails.

 

Tout ça n’aurait été qu’une anecdote loufoque et un peu dégueulasse que j’aurais pu conter sur le bord du feu au chalet, si seulement ça avait vraiment été ça le problème. Parce que vous l’aurez deviné : le médecin fou de scatologie avait PAS RAPPORT. Je pense que ça l’excitait juste de s’approprier l’intimité de jeunes filles vulnérables en leur prescrivant des lavements humiliants et inutiles.

 

Toujours est-il que j’avais encore mal, je suis donc allée voir ma gynécologue, qui m’a envoyé passer une échographie (au privé, pour éviter de mourir avant d’avoir un rendez-vous au public). Là encore, le confort total. On te demande de boire un litre d’eau et de ne pas aller aux toilettes avant l’examen. Puis on te fait attendre et on t’appuie sur le ventre avec le gugusse qui voit dans toi.

 

La technicienne encerclait des choses en rouge sur son écran fancy de clinique privée, mesurait la circonférence et faisait des print screens.

 

Moi : « C’est tu beau là ? Je peux tu aller faire pipi ? »

Elle : « NON. »

 

Encercle, mesure, print screen.

Encercle, mesure, print screen.

 

L’angoisse monte. C’est sûr, j’ai le cancer.

 

Encercle, mesure, print screen.

Encercle, mesure, print screen.

 

Moi : « Pis là je peux tu aller faire pipi ? »

Elle : « NON. »

 

C’était inhumain. J’allais appeler l’émission J.E. pour qu’ils viennent enquêter sur la maltraitance à la clinique privée du DIX30. Je voyais déjà le titre : « Une jeune fille meurt noyée dans son urine au Quartier DIX30. La maltraitance en cause. » Mes parents seraient dévastés.

 

JE VOULAIS PAS MOURIR À BROSSARD.

 

Puis la madame bête m’a dit que je pouvais aller faire pipi et qu’ensuite ils allaient me rentrer une sonde dans le vagin pour avoir une meilleure vue. NICE. Cette journée allait de mieux en mieux.

 

Trop de jours après que je me sois fait violer l’appareil génital par la technicienne en imagerie de Brossard, ma gynécologue m’a appelé pour me demander de venir la voir d’urgence, puis elle m’a dit que j’avais une maladie inflammatoire pelvienne possiblement causée par une ITS et que je devais retourner à l’urgence TOUT DE SUITE. Soudainement, tout le monde avait décidé que je devais vivre.

 

J’ai fait une prise de sang et j’ai attendu plusieurs heures à l’urgence de l’hôpital Notre-Dame. J’ai eu le temps de googler « maladie inflammatoire pelvienne » environ 300 fois. Peu importe l’article que je choisissais, les trois même mots revenaient : « Chlamydia », « Gonorrhée » et « STÉRILITÉ ». ARK. Je feelais pas.

 

Puis j’ai vu un médecin beaucoup trop jeune pour avoir autant de gel dans les cheveux et des souliers aussi pointus. Il m’a posé plein de questions intimes. Je lui ai dit que je me protégeais TOUT LE TEMPS et que je comprenais pas. Il disait que j’avais des comportements à risque, parce que j’avais eu plus d’un partenaire dans les derniers mois. Il pouvait bien me juger, avec son look de vendeur de chez Brault et Martineau, son expérience sexuelle la plus complète était sûrement celle qui s’était déroulée cinq minutes plus tôt quand ses doigts étaient à l’intérieur de moi.

 

Ils attendaient toujours les résultats de la prise de sang mais allaient me garder pour me donner des antibiotiques par intraveineuse. Et probablement aussi pour m’empêcher de courir les rues en liberté à la recherche d’hommes avec qui avoir des relations sexuelles non protégées.

 

Ce soir-là, j’ai fait la connaissance d’Irene, une patiente anglophone dans la trentaine qui avait pas de jambes et qui capotait parce qu’elle avait entendu mon nom à l’interphone et qu’elle s’appelait Irene Belanger (à prononcer en anglais). Elle m’a demandé ce que j’avais. Je lui ai dit. Elle a répondu : « but you’re so young », avec une face triste. Et j’ai dit que c’était la vie. Et elle a dit : « take care sweetie » et j’avais envie de brailler mais ça faisait cave parce qu’elle, elle avait pas de jambes. Quand même.

 

Le lendemain, une femme médecin est venue me voir. Même interrogatoire. Elle essayait de me piéger, de me faire craquer et avouer que je me faisais barebacker par des junkies tous les jeudis soirs dans une piquerie à hochelag.

 

Elle : « T’es sûre que tu utilises toujours un condom lors de la pénétration ?»

Moi : «  OUI ! 100% du temps ! »

Elle : « T’es sûre que ça t’est jamais arrivé d’oublier, t’sais mettons que t’étais saoule un soir dans un party… »

Moi : « ….. !!!!! »

 

Clairement ça l’arrangeait pas que je sois pas une grosse charrue sale.

 

Puis elle m’a dit quelque chose qu’aucune fille n’a envie d’entendre dans sa vie.

 

« On va te transférer à St-Luc au pavillon de gynécologie, tu vas être hospitalisée. On va essayer de sauver tes ovaires. »

 

Eille merci. C’est pas un épisode de Trauma qu’on vit là, fille. Slack le drama.

 

J’ai été transférée à St-Luc, dans le corridor. Ça faisait deux jours de corridor. J’ai demandé si je pouvais prendre une douche. Je me suis lavé les cheveux avec une barre de savon en essayant d’éviter les taches de sang sur le rideau de douche. Exit le glamour pour de bon.

 

Puis le troisième jour j’ai eu droit à une belle chambre avec une coloc témoin de Jéhovah qui attendait une hystérectomie. Elle m’a demandé ce que j’avais. Je savais pas quoi dire. Clairement elle allait me juger. J’ai jamais lu leurs pamphlets mais je suis pas mal sûre que je vais en enfer. Comme je suis pas capable de mentir, j’ai dit la vérité mais que je savais pas d’où ça venait. Ce qui était vrai à ce moment-là, avant que deux médecins résidents viennent me voir avec mes résultats de tests sanguins.

 

Ils se sont placés des deux côtés de mon lit, en me regardant dans une plongée dramatique et malaisante et m’ont annoncé le diagnostic : Infection des trompes de Fallope, due à la chlamydia. Tout ça devant les yeux et les oreilles de ma coloc et de son ami témoin de Jéhovah qui était venu s’assurer qu’elle ne reçoive pas de transfusion sanguine pendant son opération. Oh ! boy que j’allais brûler en enfer.

 

Je me sentais comme une grosse marde. J’avais touché le fond.

Même la vue de Victor, mon infirmier sexy d’Europe de l’est ne m’apportait plus de plaisir. Faut dire que j’étais pas tant dans la meilleure position pour cruiser.

 

Après quatre jours, j’ai été relâchée. Puis j’ai été en arrêt de travail pendant trois semaines. En partie à cause des antibiotiques qui me mettaient à terre et aussi parce que j’étais déjà à terre à la base. Je ne m’en remettais pas.

 

Les médicaments me plongeaient dans un état dépressif et j’étais devenue complètement obsédée par la découverte du coupable. J’ai passé trois semaines à googler « comment on attrape la chlamydia » et à retourner dans ma tête toutes les situations où j’aurais pu contracter la méchante bactérie. Évidemment, j’ai dû contacter mes derniers partenaires sexuels (thank god pour les messages texte). Quatre depuis mon dernier test, cinq mois avant. Tous m’ont remercié de les avoir averti et tous m’ont demandé si j’allais bien. C’est smatt.

 

J’ai trouvé le coupable, mais j’ai continué de douter. Dans mes recherches obsessives, j’avais appris que la chlamydia est extrêmement répandue, comme ceux qui la contractent n’ont la plupart du temps aucun symptômes. C’était un fléau. Je suis devenue parano. Et si mon dernier test était faux ? Et si je l’avais depuis longtemps sans le savoir. J’envisageais d’appeler ma mère, au cas où elle me l’aurait donné à la naissance et que tous mes tests d’ITS à vie étaient erronés. Mes amies me disaient de relaxer, que de toute façon tout le monde l’avait déjà eu, c’était pas la fin du monde.

 

Mais pour moi c’était la fin du monde. Personne n’était plus en sécurité. On devrait tous se réduire à l’abstinence éternelle. J’ai mis un temps à m’en remettre. J’ai exigé des tests pour m’assurer d’être bien guérie. Ma gynécologue m’a prise pour une folle. Elle m’a dit « avec la quantité d’antibiotiques qu’ils t’ont donné à l’hôpital, ce serait une première mondiale si tu n’étais pas guérie ». Mais j’étais sûre que ce serait moi, la première au monde à attraper une souche de chlamydia incurable.

 

Puis j’étais certaine d’être stérile.

J’avais les larmes aux yeux à chaque fois que je voyais une mère avec son bébé, alors qu’avant ça m’angoissait au plus haut point. J’étais maintenant prête à tout abandonner pour déménager en banlieue et élever une famille. Une crisse de grosse famille. Comme un enfant à qui on dit non. On m’avait dit que je ne pourrais peut-être pas procréer, et je le prenais pas. JE VOULAIS ME REPRODUIRE.

 

Mais j’ai eu la confirmation que j’étais bel et bien guérie. J’ai même eu cette semaine mon échographie de suivi, où je me suis encore fait violer l’appareil génital pendant de trop longues minutes par un médecin résident en déficience d’assurance et sa baguette à ultrasons (en évitant à tout prix de faire un eye contact). Selon lui et sa superviseure, qui est un vrai médecin, mes trompes ne présentent pas de séquelles et je vais sans doute pouvoir enfanter. YESSSS.

 

Finalement, si je te conte tout ça, c’est parce que je m’inquiète pour toi. La prudence au lit on dirait que c’est plus tant à la mode. Mais garde une chose en tête : si ta date te sort une niaiserie du genre « je suis pas capable de venir pas de condom », c’est clairement parce qu’il a aucun respect pour toi et qu’il veut que tu meures dans d’atroces souffrances de complications dues à une ITS non traitée. Qu’il aille se crosser.

 


11759579_10152841431120378_1464747468_nÀ propos de l’auteure :
Iris a quitté le ghetto sur-privilégié de Tremblant quand son rêve de vivre de son groupe de punk féminin s’est éteint. Maintenant costumière, on pense que sa job est glamour, mais ses principales tâches sont de sentir les aisselles de chemises des comédiens, manger dans son char et s’engueuler avec les caissières chez La Baie. Elle apprécie le tricot, le whisky et faire des blagues vulgaires à des inconnus. Incapable de mentir, ne lui demandez jamais si votre pantalon vous fait un gros cul, surtout si vous avez un gros cul.

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