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Au sommet du sundae des multiples dépendances qui m’affligent au quotidien (notamment aux pizzas congelées et au magasinage chez Bureau en Gros) trône une titanesque cerise qui transforme quotidiennement ma vie sentimentale en cour à scrap pleine de charognes grignotant des restants de côtelettes de porc.

 

Une addiction aux films de filles.

 

Vois-tu, une adolescence passée sur la Rive-Sud a eu ses avantages: pendant que certains banlieusards écoutaient la LNH dans le sous-sol d’un bro et que d’autres sortaient au Club Le Saint de Valleyfield avec des robes glow-in-the-dark achetées chez Suzy Shier, j’ai eu l’honneur de passer un nombre horriblement gênant d’heures de ma vie la face écrasée sur mon écran d’ordi à googler « Chad Michael Murray tout nu » et à regarder des films où tout le monde est initialement convaincu qu’Anne Hathaway est grosse pis laide pour finalement réaliser qu’elle a donc le faciès alléchant quand elle finit par se faire offrir un poncho.

 

J’étais là à chaque moment iconique de la culture du chick flick.

J’ai pris mon bain avec Julia Roberts, j’ai craché du sang dans un kleenex avec Nicole Kidman, j’ai fait de la poterie avec Demi Moore et j’ai grelotté en braillant sur une porte assez grande pour deux avec Kate Winslet.

Ces grands moments du cinéma sentimental ont été les piliers de ma perception des relations amoureuses et laisse-moi te dire que j’aurais dû attacher ma tuque avec de la broche parce que j’étais pas prêt pantoute pour ce qui m’attendait.

 

À force de consommer des histoires de belles personnes aux dents droites qui tombent amoureuses dans des vallons pleins de pommiers en fleurs, j’ai développé des standards et une idée générale des relations qui pourraient juste se tenir debout dans un univers parallèle où tout le monde s’abstient pour moi en m’assurant que c’est pas grave si mon lit est plein de miettes de Cheetos.

 

Dans le monde des chick flicks, t’as pas à faire d’efforts.

L’amour te tombe dessus.

Un matin, t’es à l’épicerie en pyjama et en tournant le coin de l’allée des surgelés, t’entres en collision avec un adonis qui te regarde dans les yeux, le poil hérissé sur les bras, et qui a le coup de foudre pour ta personnalité ON THE SPOT.

Il voit au-delà des saucisses à hot-dog et le kilo d’hummus aux oignons que t’as dans ton panier.

Il déguste chaque petite parcelle de ton air bête, perfectionné par de nombreuses années passées à éviter le regard des gens qui font de la sollicitation dans le métro, et en demande encore.

 

De toute évidence, my single ass te confirme que, dans la vraie vie, une technique de cruise impliquant un air bête constant où le gars de tes rêves doit deviner à l’aveugle que t’as construit dans ton garde-robe un totem de sa face avec ses vieilles gommes en lui criant « AIME-MOI STEVE CALISS! » ne fonctionne pas.

Il faut y mettre du sien.

Et mettre du sien ça veut pas juste dire « liker sa photo de profil et attendre qu’il arrive en calèche à ta porte pour demander ta main à tes parents ».

Ça veut dire être proactif et avoir de l’initiative.

 

Faute d’actions réalistes, le chick flick de ta vie va être pourri parce qu’après 15 minutes de scènes où tu fais juste regarder la nuque du gars qui t’intéresse de loin pour ensuite le voir partir avec quelqu’un d’autre, tout le monde va te trouver cruche et partir du cinéma en t’abandonnant à l’écran, échappant de justesse aux 8 heures restantes du film où t’es couché sur ton plancher en beau calvaire à te demander comment il a pu te faire ça, le maudit écœurant, t’avais déjà trouvé des noms pour vos enfants : Luce et Estragon.

 

De toute évidence, je suis victime d’un brainwash et Ryan Gosling sous la pluie a fait de moi un monstre.

J’ai longtemps pensé que l’amour allait m’arriver sans que j’aie à sortir de chez nous ou à sourire à qui que ce soit parce que ça fonctionne comme ça dans les comédies romantiques.

Mes sentiments pour quelqu’un allaient toujours être réciproques sans que j’aie à trop y travailler parce que ç’a marché pour Sandra Bullock alors qu’elle est restée fidèle à son attitude de marde tout le long du film.

 

La réalité est que, malheureusement, je ne suis pas Sandra Bullock.

Je ne suis pas Nicole, Kate, Julia, Demi, name it.

La culture des comédies romantiques m’a poussé à inconsciemment devenir une poire qui pense que trouver quelqu’un est aussi facile que de dépenser huit dollars pour un café chez Starbucks et que le destin va faire les choses.

 

Ça prend, à mon grand désarroi, plus que ça.

Les gars qui m’intéressent ne me doivent rien, surtout quand je suis la personne qui pense que sa personnalité triomphera de son absence d’initiative.

 

À partir de maintenant, je romps avec les chick flicks et je passe à autre chose.

Je vais m’investir dans un genre plus réaliste qui ne me donnera pas de faux espoirs quant à mon futur.

On top of my list : Harry Potter.

 


jfbarrette1À propos de l’auteur :
Jean est l’abeille la plus sassy de la Beyhive. Entre deux articles du Code civil, il aime bien se relaxer avec un vieux Archie fripé et du Crush au raisin. Ses rêves les plus tangibles sont d’ouvrir un Bed&Breakfast pour chiens ou d’être sélectionné dans l’équipe d’Isabelle à La Voix. En attendant d’y arriver, tu peux le trouver chez lui. Il est en train de développer une plaie de lit en apprenant toutes les répliques de Mean Girls par coeur. So Fetch.

Crédit photo: Global Panorama

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