L’autre jour, une amie m’a très naïvement envoyé une invitation à participer à un tournoi amical de balle molle.

Notre interaction par messages textes s’est déroulée à peu près comme suit :

 

Elle : Allô Iris voudrais-tu participer à notre tournoi amical de balle molle samedi ?

Moi : Bien sûr que non.

Elle : Come on ! On va avoir du fun !

Moi : Je pense que t’as pas compris. Tu ne veux pas que je joue avec vous. J’ai jamais joué. JE SUIS POCHE.

Elle : C’est pas grave, c’est amical.

Moi : Je ne veux pas m’humilier, j’ai une réputation à conserver.

Elle : C’est au profit des enfants malades.

Moi : J’aime pas tant les enfants.

Elle : Il y aura de la bière et tu auras un hot-dog dans la main en tout temps.

Moi : I’M IN !!!

 

Vous l’aurez compris, je n’ai jamais été super sportive.

 

Enfant, je faisais du ski, sauf quand il faisait froid (lire ici : pas souvent). Je prenais des cours de natation mais j’ai coulé le deuxième niveau parce que je voulais pas nager en dessous de l’eau sans me boucher le nez.

 

Au secondaire, j’haïssais les cours d’éducation physique. Personne ne me prenait dans son équipe, pas tant parce que j’avais aucun potentiel mais parce que j’avais une attitude de marde et que j’étais vraiment paresseuse. Sauf que je faisais toujours un minimum d’effort pour pas être LA plus poche. Parce que je suis pas sportive mais j’ai un minimum de fierté.

Au test de Léger, j’attendais toujours que le vraiment nerd de la classe craque avant de m’avouer vaincue. Celui qui faisait de l’asthme et qui était en chaise roulante.

Pis après je riais de lui parce qu’il était poche.

 

Moi, enfant. CLAIREMENT pas en train de pratiquer un sport.

Moi, enfant. CLAIREMENT pas en train de pratiquer un sport.

Quand ils ont monté une équipe de football à mon école, je me suis inscrite pour être cheerleader, en me disant que ça me ferait faire de l’exercice. La coach, elle, s’est dit que j’étais pas mal la seule qui savait faire la split. Good enough.

J’ai lâché avant le premier match parce que j’aimais mieux boire avec mes amis qu’aller aux pratiques.

Et aussi parce que je suis la personne la moins cheerful EVER. Moi, cheerleader, c’est comme si Pierre Légaré devenait vendeur chez ALDO. Personne y croirait.

 

À cette époque, tout ce que je voulais c’était écouter Blink 182, regarder Beavis and Butthead pis lire Conversations avec Dieu en rêvant d’un système basé sur un communisme mondial où tous les pays ne feraient qu’un et dans lequel la guerre et le sport n’existeraient pas.

J’étais comme Daria, mais en vraiment moins cool. En fait je voulais être comme Daria mais j’avais pas de lunettes. Bref, inutile de préciser que je pognais pas.

 

Des fois, mes amis m’appelaient en disant : « Eille ! On s’en va regarder la game de hockey chez untel tu viens tu ? » Ils savaient que j’haïssais ça mais ils savaient aussi que des fois j’aimais ça y aller quand même juste pour pouvoir chialer tout le long.

Parce que je comprenais pas pourquoi ils étaient contents de regarder des gars trop pleins de testostérone se pitcher une rondelle et se taper dessus pour aucune raison.

Je comprenais encore moins pourquoi ils étaient contents quand « leur » équipe gagnait. « ON a gagné ! » Qu’ils disaient. NON ESTI t’as pas gagné t’as même pas joué !

Explique-moi en quoi le fait que des gars de la République tchèque qui font semblant d’être Canadiens aient gagné, contre d’autres Tchèques qui font semblant d’être Américains, soit lié à TA victoire personnelle à TOI ? Tout ce que t’as fait, toi, c’est rester écrasé dans ton divan à boire de la bière, à manger des Cheetos pis à pogner les boules de ta blonde.

 

J’étais déçue de leur attitude, mais en même temps j’avais pas le goût d’être amie avec l’asthmatique en chaise roulante qui courait comme une fille.

 

Aujourd’hui, à 29 ans, je m’étonne à tous les jours de voir que ma sédentarité ne m’a pas encore rattrapée. Considérant la quantité de nourriture que j’ingère et le peu d’activité physique à laquelle je m’adonne, je serais sensée ressembler à la mère de Honey Boo Boo, mais en moins athlétique.

 

 

Moi, qui pratique ma face intimidante. Et aussi je suis fâchée parce que je n'ai clairement pas de hot dog dans la main.

Moi, qui pratique ma face d’intimidation. Et aussi je suis fâchée parce que je n’ai clairement pas de hot dog dans la main.

Et rappelez-vous qu’au début de ce texte, je venais d’accepter une invitation à participer à un tournoi de balle molle. COMME UNE GROSSE ÉPAISSE.

 

J’ai vécu les jours suivants dans la peur de l’humiliation imminente. Puis le moment fatidique est arrivé.

J’avais trouvé un outfit de pro, en espérant réussir à intimider l’adversaire avec mon look, faute de talent.

Il pleuvait.

Je maudissais la Terre entière et surtout moi-même parce que je suis pas capable de dire non.

 

Mais une fois sur le terrain, j’ai rencontré le reste de mon équipe et on a fraternisé. J’ai réalisé que ça allait être correct. Que personne allait rire de moi. Qu’on était plus au secondaire.

 

À mon premier tour au bâton, j’ai réussi à me rendre au troisième but d’un coup. Je volais d’un but à l’autre. La foule scandait mon nom.

C’était comme dans un film de Hollywood.

J’étais Jackie Robinson, si Jackie Robinson avait été une femme de race blanche quand même assez poche à la balle molle.

 

Puis apparemment que le coup était pas bon parce que le lanceur (de notre équipe) avait laissé passer la balle au lieu de l’attraper.

Jackie Robinson est retombée sur Terre.

 

N’empêche qu’un des joueurs d’une autre équipe m’a dit que malgré l’imbroglio, j’étais leur Terry Fox. La joueuse étoile. Un exemple pour les générations futures.

Je commençais à vraiment aimer ça, la balle molle. J’avais goûté à l’amour des supporters et j’avais soif de plus.

 

C’est à ce moment-là que j’ai compris le sport.

Pas celui que tu regardes à la TV et où tout le monde mâche sa gomme avec le stress et la peur dans les yeux parce que des millions de dollars sont en jeu.

Celui où tu crées des liens fraternels avec tes coéquipiers. Celui qui te fait sentir que tu participes à quelque chose de plus grand que toi et qui t’emplit de fierté même si tu sais pas pourquoi.

 

On a gagné nos deux premiers matchs et on s’est rendus en grande finale.

Pis là on s’est fait crisser une volée par l’équipe des gars de Drummondville qui s’étaient dit genre « On va aller leur montrer aux fraichiés de la ville de quel bat on se chauffe ».

Dans mon livre à moi c’était de la compétition déloyale et ON AURAIT DÛ GAGNER !!

 

La morale de cette histoire, c’est qu’avant de pratiquer un sport, c’est important de faire croire à tout le monde que t’es vraiment poche. Garder les attentes extrêmement basses, ça assure que les gens seront étonnés et super fiers de toi.

 

Ça s’applique aussi au sexe, by the way.

 


11759579_10152841431120378_1464747468_nÀ propos de l’auteure :
Iris a quitté le ghetto sur-privilégié de Tremblant quand son rêve de vivre de son groupe de punk féminin s’est éteint. Maintenant costumière, on pense que sa job est glamour, mais ses principales tâches sont de sentir les aisselles de chemises des comédiens, manger dans son char et s’engueuler avec les caissières chez La Baie. Elle apprécie le tricot, le whisky et faire des blagues vulgaires à des inconnus. Incapable de mentir, ne lui demandez jamais si votre pantalon vous fait un gros cul, surtout si vous avez un gros cul.

Photo : discovermiramichi.com

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